Le vieux permis de conduire (récit)

permis

Tout a une fin. Il le possédait depuis plus de 47 ans, ce vieux document rose avec les fameux trois volets. Le temps et sans aucun doute le manque de soin l’avaient bien malmené, lui qui jadis fut si beau : calligraphié à l’encre de chine noire, orné de la photo de ses 18 printemps et – qui plus est – barré de la mention PERMANENT !

Il était tout écorné, les bords affreusement frangés, de sorte qu’on avait fini par ne plus pouvoir y lire la totalité de son patronyme et ce en dépit de l’attention qu’il lui avait trop tardivement portée, voyant approcher l’irréparable. Lire la suite « Le vieux permis de conduire (récit) »

La mare, aux deux tiers de l’été (poésie)

la mare automne

19 ème opus de ma série « La Mare » sur atramenta.net

 http://www.atramenta.net/collections/la-mare/1578-913

Depuis longtemps, paisible, elle m’attend.

Ce jour – pourquoi ? – j’ai perçu l’appel.

À ma gauche, à son bord, bruit la cascatelle ;

L’oreille est charmée par ce doux son constant.

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Balade matinale au lac

le lac#RaysDay

9h30. Le lac s’éveille. Ce ne sont que criaillements d’oiseaux. Malgré le soleil encore faible de cette fin d’août, il règne une agréable fraîcheur.

Impression de début du monde où tout est possible.

Les cris d’oiseaux sont très divers, tout comme leur faune en ce lieu.

Sur une minuscule plage enserrée dans les arbres, un troupeau de canards paresse tout en bougeant sans cesse légèrement. Certains picorent quelque herbe ou algue flottant au bord de l’eau.

Je m’approche très lentement et, si quelques uns plongent doucement, la majorité reste sur la berge après s’être approchée prudemment du plan.

Ces oiseaux sont majoritaires et j’ai presque la sensation d’être des leurs. Je ne bouge pas ; hors de question de troubler la petite vie qu’ils mènent en quiétude. On dirait qu’ils m’acceptent.

J’assiste alors à l’envol bruyant et majestueux du héron qui se dissimulait derrière le bouquet d’arbres proche.

Je pense à la beauté de la silhouette du Concorde qui imitait, avec succès, la nature.

Plus loin, tandis que quelques mouettes traversent le ciel, de l’autre côté, arrive soudain une immense volée de colverts dont le feu du plumage miroite dans le soleil. Ensemble ils restent comme un instant en suspens au-dessus de la surface, voilure déployée, pour se poser en bande dans un grand bruit porté jusqu’à moi par ces eaux calmes. C’est tout juste si un retardataire replie ses ailes tradivement, en léger décalage.

Le hêtre roux resplendit dans la lumière orangée alors que le pépiement tout proche me berce.

Quelle splendeur !  » Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté. » (C. Baudelaire)

C’est la paix du matin, même pas troublée par cette joggeuse casquettée qui passe pour la deuxième fois, bouclant un nouveau tour, et adresse un sourire à l’écrivant paisible à chapeau de pêcheur que je suis. Connivence des coiffes ?

Je prends, heureux, le chemin du retour, réconcilié, et puis dire : vive la vie !

La mare en fin de printemps (poésie)

mare fin printemps

(Parmi les 18 poèmes de ma collection « La Mare », sur atramenta.net)

 

Ce jour règne ici temps clément,

Il faut descendre à la mare un moment !

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L’air est doux, embaumant,

Le parfum de la brise, grisant.

La tiédeur détend corps et pensées,

Donne, lascive, l’envie de s’attarder.

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Rond, le bassin semble peu profond,

Un rai lumineux en révèle le fond

Tout marron : artifice ou alluvions ?

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C’est la teinte chaude, mystérieuse

Des bouteilles de vin aux années glorieuses

D’une mienne jeunesse, oubliée, étonnante,

Située au détour de quelque année cinquante.

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Pépiement d’oiseaux, calme absolu,

Voici la paix bientôt revenue.

Des poules d’eau, en famille, avec poussins

Quêtent un subside à la bordure blanc-chagrin.

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Des feuilles dérivent lentement,

Portées par le maigre courant,

Rien ne trouble là la quiétude.

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L’Humain s’est abstenu, sans habitude,

De venir, en ce milieu d’après-midi.

J’en suis heureux car bien lui en a pris :

C’est jouissance qu’ici priser la vie.

Première, brute et sans chichi.

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C’est miracle, ô surprise,

Manière d’idylle dans la ville !

Une rencontre mémorable (récit)

vosges 2

Juillet 2015. Nous avons traîné ce matin et il est déjà 9 heures quand nous sommes enfin prêts pour cette randonnée prévue, dans les Vosges. Nous décidons d’en choisir une relativement courte, trois heures trente environ.

Un saut en voiture pour gagner le point de départ de cette promenade répertoriée et c’est parti pour la balade ! La chaleur des derniers jours s’est heureusement atténuée et mon amie et moi apprécions de traverser ces chemins tantôt à découvert, longeant des prairies, ou s’enfonçant ensuite, bien vite, dans la forêt dense. Le chemin est parfaitement balisé et nous avançons vaillamment, heureux de sentir la marche régulière désengourdir nos muscles du repos de la nuit. Malgré les randos quasi journalières durant ces vacances, il faut chaque jour reprendre le rythme. Le pas du randonneur est particulier : ni trop rapide ni trop lent mais surtout cadencé. On évite la fatigue à ce prix. Lire la suite « Une rencontre mémorable (récit) »

Jour de grâce (poésie)

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JOUR DE GRÂCE

 

Aux marches de l’été,
Au point de cette journée
Mutin le soleil
Invite au gai lever.

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Malle sanglante (historiette)

MALLE (289x319)

(texte à contraintes : employer les termes gadoue, rectangle, buvard, cantique, coquille, olé, serpentin)

Pierre Truzimu marchait là, au beau milieu du champ, dans la gadoue qui çà et là giclait de dessous ses chaussures de ville pour venir atterrir mollement avec un petit

« slasschhh » sur ses bas de pantalon au pli impeccable.

 Olé, ça va barder ce soir, avec ma virago, merde ! Pourvu qu’elle soit d’humeur, sinon elle va me chanter un de ces cantiques !!

Pierre était un aficionado…

  Il atteignit enfin le tertre que Froissard, son associé, lui avait décrit et ne fut pas long à découvrir l’espèce de trou qui se trouvait là, au pied des trois chênes. Un morceau de métal vert y luisait d’un éclat mat au travers du rectangle minuscule de ce qui paraissait être l’ouverture d’une cachette très bien dissimulée.

Un frisson d’excitation mêlée de peur le parcourut quand il réussit à y introduire la main. Il palpa précautionneusement de droite et de gauche et finit par trouver, vers le bas, une sorte d’anneau. Doucement il le tira et cela libéra un panneau qu’il n’avait pas remarqué, au sol, parfaitement recouvert de mousses et de terre.

Au fond de la  planque, la malle dont Froisard lui avait parlé.

Il sentit la sueur lui descendre dans le dos.

Il tendit la main. La cantine n’était même pas cadenassée. Avec crainte il bascula le couvercle et ne trouva qu’un buvard. Un peu remis, il souleva le dessus. Dedans, une lettre cachetée à la cire.

 Voilà bien des mystères , se dit-il,  complètement rassuré à présent.

Froissard et lui étaient détectives associés et depuis un mois ils travaillaient pour le compte d’un homme qui leur avait demandé de filer sa femme dont le comportement lui semblait étrange.

Froissard l’avait vue, par une nuit claire de nouvelle lune, venir jusqu’à ce lieu et s’activer près de la cachette. Qu’est-ce qu’elle pouvait bien tramer ?

Fébrile, il décacheta la lettre.

« Bande de pooucs (sûrement une coquille !) J’ai deviné votre manège depuis des semaines. Allez donc vous faire voir chez les grecs ! »

   À demi groggy, il se redressa lentement et s’éloigna d’un pas serpentin, tentant de se consoler d’un : Allez, mon Pierrot, tu en verras d’autres.

   Mais qu’est-ce qu’il allait bien pouvoir dire à son client qu’il avait jour après jour tenu au courant des progrès de ses démarches ?

RER surchauffé (poésie)

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Un texte poétique sur les voyages en train de banlieue, que – comme beaucoup d’autres de mes productions – vous pourriez retrouver sur atramenta. net  http://www.atramenta.net/authors/claude-colson-alias-jean-claude-collau/1578/publications/

 

RER surchauffé

 

Semblable à mon passé,

Ce train de juin retrouvé.

Touffeur déjà malgré l’heure matinale

En ce lieu que rien ne ventile.

Je coiffe  chapeau, accessoire utile

Même si l’image est peu banale.

 

Qu’importe il me fraîchit la tête

Face au soleil déjà en fête.

Ainsi paré je puis à nouveau apprécier

Ce que m’offre le train, compagnon tant d’années. Lire la suite « RER surchauffé (poésie) »

Les Mains (poème primé)

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Voici l’un de mes poèmes fétiches.

 

 

 

 

LES MAINS

Hiver,
Dans le train deux amants, privés, clandestins.
De suite deux mains se dévêtent, s’étreignent, puis – plus calmes – se frôlent,
L’une découvrant l’autre, appliquées, étonnées de sentir
L’arête d’un ongle ou le contour d’un doigt.
Doigts qui tous s’écartent pour jouir d’une douceur pénétrée, pénétrante ;
Une paume reçoit le friselis d’une caresse, tandis qu’elle se love contre l’autre,
Surprise d’être deux.

Et pendant que le train file,
Elles incantent, fragiles,
La permanence de l’unité,
L’ivresse du désir.

 

Écrit à la fin du siècle dernier, 🙂  , édité en 2002, réédité dans Saisons d’une passion, éditions Chloé des Lys- 2009,  ce poème en prose a obtenu le premier prix du jury du concours organisé à Ath (B) par la Bibliothèque Jean de la Fontaine , à l’occasion du printemps des poètes 2012.

Le regard (poésie)

Bientôt l’automne approche ;

Le froid va durcir les roches.                                        2013-07-19 été 2013 vosges 001

Mais la nature s’offre un répit,

La rivière coule encore en son lit.

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Le jour vient de poindre,

C’est la paix alentour.

Le pays, beau, comme à peindre,

Dort toujours son sommeil lourd.

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