Un malaise inattendu

(Peut-être d’actualité en ces temps de grève SNCF)

 

Un malaise inattendu

(extrait de « Saisons poétiques en train, éditions Bernardiennes)

Ce matin, aux stations, le train s’arrête beaucoup plus longuement que d’ordinaire. D’interminables minutes. Et c’est l’anormal, le figé. Comme si la vie était sortie de son lit.
Chez les voyageurs on devine alors une sorte de sourd malaise. On se regarde furtivement ; après tout, on ne se connaît pas. On pense pourtant à peu près la même chose. Vite détourner les yeux. Comme si de rien. Lire la suite « Un malaise inattendu »

La mare, pour Bruno. (poésie)

Bruno Krol, un ami auteur de talent, peintre et poète, nous a subitement quittés. J’ai eu le bonheur de le rencontrer une fois. Je n’ai pu que lui consacrer la 54 ième pièce de ma collection « La Mare », sur atramenta.net ( ici https://www.atramenta.net/collections/la-mare/1578-913?page=1&start=0%20ICI)

La Mare, pour Bruno.

Tu es parti, l’ami,

Tu ne liras plus ces mots,

Mais la mare ne t’oublie

Et te salue, là-haut.

 

Elle s’est vêtue d’octobre,

Sa lumière est ternie.

Sur son bord, étonnant,

À mon approche à pas lent,

Majestueux, surprenant, Lire la suite « La mare, pour Bruno. (poésie) »

Au fil de la pensée… (en méditation)

Au fil de la pensée…

Je vois passer devant moi une jeune femme. Elle est enceinte de quelque 7 ou 8 mois.

C’est un peu étrange de soudain penser que pour moi, comme pour nous tous, le voyage a commencé de cette façon : par un transport dans un corps.

Puis vint le largage, le lâcher dans le monde, avec pour point de départ le sexe d’une femme, ce qui pour nombre d’hommes deviendra « cet obscur objet du désir. »

Peut-on dire que pour les hommes mâles tout part et tout arrive à ce sexe, rêvé, désiré, fantasmé. Bien peu de chose en soi et pourtant ! N’a-t-il pour pendant que le désir féminin ? Probablement. On pourrait imaginer un schéma similaire pour la majorité des femmes : partir du et arriver au sexe masculin.

Étranges pensées qui me parcourent en cet après-midi de dédicaces en grande surface commerciale, exercice de plus en plus difficile, surtout à l’approche d’une fin de mois où la plupart des gens ont pour principale préoccupation la survie. D’abord la bouffe et ensuite la morale, disait déjà Bertolt Brecht.

Un quidam de passage, inconnu, assez âgé et donc d’expérience, me lance : les gens ne lisent plus de nos jours !

C’est en bonne partie exact. Beaucoup écrivent, en revanche. Tout n’est peut-être pas perdu. Quoique !

Les déclinistes diraient que notre civilisation va à vau-l’eau et il est certain que l’on peut au moins s’interroger.

Il nous reste à agir, chacun à son niveau. Pour moi, tout comme pour beaucoup d’auteurs, c’est poursuivre notre tentative  de propager l’amour des lettres.

 

Aperçue en août (poésie)

 

Voici la 53 ième pièce que je consacre à cette mare ( collection complète : https://www.atramenta.net/collections/la-mare/1578-913) qui est ma principale source d’inspiration poétique.

Aperçue en août

 

Août verse vers sa fin. Lire la suite « Aperçue en août (poésie) »

Rocherousse 2565

 

Rocherousse 2565
12h45. Redescente du chalet. Pause entre le lac long et le lac profond, à 2480m. Assis sur un rocher, je laisse l’air vif me caré-fouetter le visage agréablement. Le lieu est tout de paix. À droite et à gauche, les eaux calmes où le vent pousse des ridules. Quelques randonneurs pique-niquent sur les rochers alentour.

Nous, ce fut fait plus haut, au creux d’un alpage nous protégeant de la brise trop fraîche. Ici, on peut déjà ôter le K-Way. À 360 degrés, les cimes plus où moins déchiquetées, vertes celles à végétation rase, plus brunes d’autres où le roc affleure. À ma gauche, quelques rares névés. On est fin juillet dans les Alpes du sud.

Ici règne la paix, extérieure, mais surtout intérieure. Aux cieux, où le bleu survit entre le gris des cumulus moutonneux grisollent quelques alouettes. Lire la suite « Rocherousse 2565 »

SECRET (poésie ; hommage à l’amour fou)

Dis-moi petite par quel mystère

près de toi l’ombre devient lumière

la* colère se fait tendresse

laideur mue en beauté

et Sexe Pureté

 

in « Saisons d’une passion », ed. Chloé des Lys

(*  aujourd’hui, j’enlèverais l’article)

image: source

Un malaise inattendu

woman sitting holding smartphone between two men and two women
Photo de rawpixel.com sur Pexels.com

[extrait de « Saisons poétiques en train » (éd. Bernardiennes)]

   Ce matin, aux stations, le train s’arrête beaucoup plus longuement que d’ordinaire. D’interminables minutes. Et c’est l’anormal, le figé. Comme si la vie était sortie de son lit.
Chez les voyageurs on devine alors une sorte de sourd malaise. On se regarde furtivement ; après tout, on ne se connaît pas. On pense pourtant à peu près la même chose. Vite détourner les yeux. Comme si de rien.
Se réfugier dans la normalité de l’indifférence. Pourtant, l’extra-ordinaire nous amène aux bords de l’humanité. Il s’en faudrait de peu pour.
Ce malaise va au-delà de la crainte du patron, bientôt furieux du retard. Dans le non-dit général c’est la vie qui s’enlise, prend en gelée. Les cerveaux sont soudain envahis par l’obligation de penser. Quel scandale ! Il était si commode de se laisser porter par le train-train, d’ « être vécu » en quelque sorte, plutôt que de vivre. Nous revoici sujets !
La fraternité, depuis longtemps battue en brèche, est sur le point de revenir. On pourrait presque se parler, je ne veux pas dire faire semblant, émettre des sons creux, paraître, se protéger, briller mais se parler vraiment .


Eh bien non, l’incident est réglé, le train reprend sa marche normale ; les gens peuvent à nouveau, dans la promiscuité, s’ignorer tranquillement. On l’a échappé belle ! Moi compris.Il est de ces dérisions ordinaires…

Automne indécis (poésie)

 

(pièce de la série « La Mare » https://www.atramenta.net/collections/la-mare/1578-913  )

 

Après les récents frimas

L’après-midi est très doux à la mare.

C’est la saison qui balbutie

Et avance comme pas à pas.

Elle y déploie, fort, tout son art,

Sachant encore se faire jolie.

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Soleil de novembre bien hardi

Incendie les roux des cimes.

Les mordorés y chatoient,

À l’oeil, splendide féérie.

Vaincu, gel d’hier les roches plus ne lime

Et tant de beauté laisse coi.

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Assis aux bancs, les promeneurs s’attardent,

Devisent même gaiement.

Je les imite en composant

À Nature cette manière de remerciement.

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Mais voici que Soleil ses rayons plus ne darde

Car une nue s’est interposée

Rappelant au rêveur d’ambre

Que vendémiaire est bel et bien novembre,

Que tant rêver était un peu osé.

Un petit tour en montagne

montagne

Limité dans mes déplacements. Pu monter 20 minutes au dessus du Plan du Lac. Arrêt sur une roche ombreuse.
Joli spectacle de nature où domine un univers de vert. Vert des épines au dessus de ma tête, comme de celles du pin Cembro, là devant, à 20 mètres. À mes pieds le brun des aiguilles desséchées, jusqu’aux premières herbes, tapis irrégulier baigné de soleil et magnifiquement orné du mauve et du jaune des fleurs sauvages profuses. Elles profitent ici de la fin de l’été. Le tout est rehaussé de quelques taches blanches : les pétales de marguerites. C’est dix fois plus beau qu’un jardin à l’anglaise.
En contrebas, vert bouteille, le lac irisé de vaguelettes toutes dorées. À remarquer sur sa rive un éclat mat : le noir du toit d’une cabane.
Puis le regard de remonter.  D’abord un sentier s’essouffle à grimper la pente, tirant de courtes bordées, mais bientôt s’impose le vert profond d’une sapinière puis le vert tendre d’un résidu d’alpage. À nouveau les sapins, grognards serrés épaule contre épaule, attaquent la pente. Jusqu’à 2000 environ. Alors c’est encore, souveraine, l’alpe ensoleillée, seulement tachetée par endroits de maigres bosquets vert foncé. Ils s’étiolent, remplacés vers le haut par les premiers rochers qui trouent l’herbage.
Assis sur ma roche large et confortable, bien au frais, j’admire cette beauté tandis qu’au dessus de mon front une petite brise fait danser les bouquets d’aiguilles, verts eux aussi. Une pavane lente.

Plus loin, majestueuse de force impavide, presque terrifiante, triomphe la pointe déchiquetée d’où semble pleuvoir la moraine, en pierrier, presque verticale.
Un peu de vert encore tout au bas des pentes. Des lichens ? D’ici je ne saurais dire mais tout près de là j’aperçois la descente sinueuse et argentée – angles cassés – d’un torrent blanc qui me paraît étonnamment silencieux et figé.

Plaisir d’écrire ces lignes, de voir, de rendre compte, de vivre. Et cette question : qu’est-ce que la littérature ? Qu’est-ce que la vie ?