Automne indécis (poésie)

 

(pièce de la série « La Mare » https://www.atramenta.net/collections/la-mare/1578-913  )

 

Après les récents frimas

L’après-midi est très doux à la mare.

C’est la saison qui balbutie

Et avance comme pas à pas.

Elle y déploie, fort, tout son art,

Sachant encore se faire jolie.

—————————–

Soleil de novembre bien hardi

Incendie les roux des cimes.

Les mordorés y chatoient,

À l’oeil, splendide féérie.

Vaincu, gel d’hier les roches plus ne lime

Et tant de beauté laisse coi.

—————————–

Assis aux bancs, les promeneurs s’attardent,

Devisent même gaiement.

Je les imite en composant

À Nature cette manière de remerciement.

——————————-

Mais voici que Soleil ses rayons plus ne darde

Car une nue s’est interposée

Rappelant au rêveur d’ambre

Que vendémiaire est bel et bien novembre,

Que tant rêver était un peu osé.

Un petit tour en montagne

montagne

Limité dans mes déplacements. Pu monter 20 minutes au dessus du Plan du Lac. Arrêt sur une roche ombreuse.
Joli spectacle de nature où domine un univers de vert. Vert des épines au dessus de ma tête, comme de celles du pin Cembro, là devant, à 20 mètres. À mes pieds le brun des aiguilles desséchées, jusqu’aux premières herbes, tapis irrégulier baigné de soleil et magnifiquement orné du mauve et du jaune des fleurs sauvages profuses. Elles profitent ici de la fin de l’été. Le tout est rehaussé de quelques taches blanches : les pétales de marguerites. C’est dix fois plus beau qu’un jardin à l’anglaise.
En contrebas, vert bouteille, le lac irisé de vaguelettes toutes dorées. À remarquer sur sa rive un éclat mat : le noir du toit d’une cabane.
Puis le regard de remonter.  D’abord un sentier s’essouffle à grimper la pente, tirant de courtes bordées, mais bientôt s’impose le vert profond d’une sapinière puis le vert tendre d’un résidu d’alpage. À nouveau les sapins, grognards serrés épaule contre épaule, attaquent la pente. Jusqu’à 2000 environ. Alors c’est encore, souveraine, l’alpe ensoleillée, seulement tachetée par endroits de maigres bosquets vert foncé. Ils s’étiolent, remplacés vers le haut par les premiers rochers qui trouent l’herbage.
Assis sur ma roche large et confortable, bien au frais, j’admire cette beauté tandis qu’au dessus de mon front une petite brise fait danser les bouquets d’aiguilles, verts eux aussi. Une pavane lente.

Plus loin, majestueuse de force impavide, presque terrifiante, triomphe la pointe déchiquetée d’où semble pleuvoir la moraine, en pierrier, presque verticale.
Un peu de vert encore tout au bas des pentes. Des lichens ? D’ici je ne saurais dire mais tout près de là j’aperçois la descente sinueuse et argentée – angles cassés – d’un torrent blanc qui me paraît étonnamment silencieux et figé.

Plaisir d’écrire ces lignes, de voir, de rendre compte, de vivre. Et cette question : qu’est-ce que la littérature ? Qu’est-ce que la vie ?

Deux poèmes »de train »

RER (275x183)

Voici deux poèmes qui auraient dû figurer dans mon recueil « Saisons poétiques en train » , paru en 2014 et qui va sous peu être réédité aux éditions Bernardiennes : il n’y figureront pas non plus, je les mets ici. Je viens de m’apercevoir qu’ils ont alors échappé à ma vigilance, comme à celle du premier éditeur !

SPECTATRAIN NOCTITRAIN

Train de nuit, lent trait orangé.
Monde extérieur gommé.
Obscurité.
Les vitres noires reflètent des ombres de visages : Lire la suite « Deux poèmes »de train » »

Trajet de juin

(extrait de « saisons poétiques en train -2014, disponible auprès de l’auteur à ce jour)

Aujourd’hui train prison.
Quand je lève les yeux de mon livre, ce qui me frappe le plus souvent ce ne sont pas les échappées du regard sur le paysage mais des voies encaissées. Le train roule alors entre les arbres serrés qui défilent, formant à ma droite et à ma gauche des murailles vertes qui manquent m’étouffer, tant elles s’approchent.
À d’autres reprises, ce sont les maisons alignées, si serrées que leurs façades crépies semblent des murs de béton.
Atmosphère automnale en ce mois de juin.
Semblant de clarté, grise.
Cette impression majeure heureusement n’est pas constante. Par intermittences le train traverse un vallon…
Le temps d’écrire, c’est déjà la très proche banlieue, les immeubles et usines enchevêtrés que scrute, apeuré, un ciel blême et moutonnant.
Encore quelques minutes puis je suis à destination. Je range ma plume-compagne.

Ma mare en mai (poésie)

Une pièce de plus à ma collection  « La Mare », sur atramenta.net :

La mare sombre reflète les verts variés

De la ceinture d’arbres qui l’entoure, serrés.

L’air ? Immobile, en ces premiers jours de mai.

Les cimes tremblent à peine sous le ciel tel un dai.

Son bleu est traversé d’étranges nuées blanches, en lamelles.

Denses, inclinées, elles semblent une dentelle.

Lire la suite « Ma mare en mai (poésie) »

Le courrier (nouvelle sentimentale)

image de mail

 LE COURRIER

Assis à son bureau, il contemplait de sa fenêtre ce début d’après-midi de juillet. Tout semblait engourdi dans la torpeur chaude et lumineuse : une rue en impasse, vide, quelques maisons écrasées de soleil. C’était l’heure immobile. Sa radio diffusait un programme varié et agréable de musique d’ambiance. Pour le moment celle-ci était plutôt syncopée.

Gilles avait mis l’appareil en sourdine. Le seul mouvement qu’il distinguât était le battement d’ailes d’une tourterelle qui se posait sur une antenne de télévision. Tout était tranquille. Ce vide, sa propre immobilité l’incitèrent à se replonger par la pensée dans son passé.

Une curieuse chose, la vie. Ça s’était produit voilà plus de quinze ans. Il menait alors une existence calme de bon père de famille. Une femme, deux enfants – un garçon et une fille – classique ! Une mutation professionnelle venait de le transporter dans la capitale, où il devait à présent se rendre cinq fois par semaine, loin de son domicile de banlieue. Au bureau il rencontra assez vite une jeune femme, brune, comme il les aimait, élégante, et qui, à sa grande surprise semblait s’intéresser à lui. Marié depuis vingt ans, il n’avait jamais « regardé ailleurs », même si sa vie conjugale avait perdu au fil des ans beaucoup de son attrait.

Joëlle était quant à elle célibataire  et vivait dans la très proche banlieue. Elle l’approcha doucement, l’entretint de multiples choses, s’enquit de sa vie, et bientôt ils furent quasi inséparables. Au bout de quelques mois, c’était obligé, ils devinrent amants.

C’est ainsi que peu à peu il connut pour la première fois l’amour fou, les cœurs qui brûlent, la dépendance. Cinq ans durant ils eurent une liaison des plus orageuses car ils étaient proches de tempérament, absolus et colériques. Joëlle ne voulut pas qu’il abandonne sa famille  et ils vécurent ces années au rythme des rendez-vous furtifs et de la portion congrue. Toutes ces choses ne facilitèrent pas leur relation et Joëlle rompit plusieurs fois. Passionnée elle aussi, elle finissait cependant toujours par revenir. C’était l’alliance de deux flammes-raz de marée, la douche écossaise permanente : disputes, réconciliations, regrets, et nouveaux emportements.

Il la sentit peu à peu s’éloigner, et lui, pour qui la passion restait intacte, en souffrait de manière indescriptible. Sa douleur frisait la folie, l’obsession, d’autant qu’elle, par égards peut-être, ne le quittait pas franchement, espaçant simplement leurs rencontres. Une cinquième rupture fut pourtant « la bonne » et Joëlle partit brusquement, définitivement cette fois.

Sa souffrance fut accrue par le fait qu’il devait encore vaguement la côtoyer au bureau. Mais c’était clair, elle le fuyait, quoi qu’il tente pour entrer en contact. Elle trouva d’ailleurs bientôt le moyen de devoir venir seulement de loin en loin sur ce lieu de travail. Au bout de quatre ans il ne l’y aperçut plus du tout.

Gilles  déprima presque deux ans, bien qu’entre-temps il se fût séparé de son épouse et qu’il eût rencontré une nouvelle compagne. Une question le taraudait : comment une passion partagée, si grande, si entière, avait-elle pu mourir en elle ? Il ne comprenait pas et y pensait en boucle. Un jour il essaya de téléphoner à Joëlle ;  elle avait changé de numéro et était sur la liste rouge : impossible de se procurer ses coordonnées. Il n’osa jamais retourner chez elle. Quelquefois, bien rarement, il lui envoyait une lettre, à laquelle elle ne répondait jamais.

Cinq ans après leur rupture, elle quitta même la région ; il l’apprit par des indiscrétions du milieu professionnel. Au début et durant quelque temps, il était furieux de ce comportement. Comment pouvait-on ainsi renier son passé, cinq années qui, il le savait, avaient beaucoup compté pour chacun d’eux. Puis il n’y repensa plus que sporadiquement. Au dixième anniversaire de leur première rencontre, vexé qu’elle l’ignorât ainsi, il lui envoya un mail cynique : « À dans dix ans ! ».

L’année suivante, dans un nouvel accès de colère, il brisa cette presque promesse et lui fit parvenir un autre courriel : « On peut zapper les gens, les squizzer mais on ne peut faire que ce qu’on a vécu n’ait pas été. »  La réponse de Joëlle fut l’attitude qu’elle adoptait depuis leur rupture : le silence total.

Gilles repensait en ce chaud jour de juillet à cette parfaite énigme. Était-ce une volonté de le réifier ou, pire encore, de nier son existence ? Voulait-elle lui signifier la profondeur de son mépris, et pourquoi donc, diable ? Il suivait à nouveau les arcanes de ce mystère. À vrai dire cela lui arrivait de moins en moins souvent. La vie… .

En effet, il avait fini par sortir, certes très difficilement, de cette douleur. Il avait rencontré d’autres gens, d’autres femmes, eu d’autres aventures. Plus ou moins heureuses d’ailleurs. Une aventure c’est toujours en ses débuts une promesse, qui bien vite s’avère non tenue. L’être humain poursuit ses rêves sans relâche mais l’essentiel est dans les réveils successifs qui suivent. Bref, cet après-midi-là il repensait à Joëlle, à l’abandon qu’il avait subi de sa part. Fusillé en plein amour. Ainsi s’était-il vu autrefois.  Dans sa perplexité renaissante il écrivit un mail à Joëlle :

—   Bientôt douze années que tu m’as quitté et je n’ai toujours pas compris.

Il ne s’attendait guère à une quelconque réaction. Ces envois épisodiques étaient devenus pour lui une sorte de rite, simplement. Une demi-heure plus tard, comme il baguenaudait sur le net et consultait sa boîte machinalement, il vit au milieu d’une liste d’expéditeurs une adresse qu’il n’avait d’abord pas remarquée : joëlle25@wanadoo.com

Aussitôt son cœur accéléra. Il s’apprêta à cliquer mais retint son geste :    —   Et si…, si…, se dit-il

Il s’était en effet toutes ces années accommodé du silence. Peu à peu, Joëlle qu’il avait tant aimée était devenue à ses yeux quelqu’un de banal. C’est tout juste si à présent il ne méprisait pas certains traits de son caractère, alors qu’autrefois, subjugué qu’il était par la passion, tout en elle l’émerveillait. Il avait même fini par trouver acceptables ses idées politiques opposées aux siennes, c’est dire… Mais la curiosité étant trop forte, il ouvrit ce courrier et lut :

—   Gilles, tu trouveras bientôt dans ta boite aux lettres un paquet. Je suppose que tu n’as pas changé d’adresse. Casanier comme tu étais, cela m’étonnerait. Dans ce paquet il y a un livre que j’ai écrit, sur notre histoire. J’ai eu besoin de me libérer ainsi de ce passé que je n’ose appeler nôtre, tant le tien doit être différent du mien, bien que nous ayons vécu les mêmes événements.  Sans nul doute trouveras-tu dans ces écrits les réponses aux questions que tu te poses.

Joëlle

On était un lundi après-midi. Il se rappela soudain que parti en week-end cette semaine-là et rentré le matin même, il n’avait pas relevé son courrier depuis trois jours. Il sortit précipitamment de son appartement, dévala les escaliers et, au bas de son immeuble, se retrouva nez à nez avec le facteur.

— Ça tombe bien, j’allais sonner car j’ai un paquet pour vous.

—  Donnez, merci et bonne journée, balbutia-t-il en lui arrachant presque le petit paquet des mains.

Déjà il remontait les escaliers. Le facteur le regardait bizarrement. Lequel des deux trouvait l’autre le plus bizarre ?

Chez lui il posa l’objet sur son bureau et le regarda longuement, très ému. Allait-il enfin comprendre ce qui à l’époque avait poussé Joëlle à mettre brutalement un terme à leur liaison ? Ses mains tremblaient quand il posa les doigts sur le haut du colis. Il percevait dans sa poitrine les battements furieux de son cœur, son front était glacé.

Brusquement il retourna à son ordinateur et écrivit d’un jet à son ancienne maîtresse :

— Joëlle, le paquet vient d’arriver. Ne le prends surtout pas mal mais je ne l’ouvrirai pas. Je vais de ce pas à la poste pour te le réexpédier. Tu m’as déjà suffisamment nui.

Gilles.

Il le fit dans la foulée et immédiatement se sentit mieux. C’était fini. Il pouvait enfin passer à autre chose, pleinement.

 

Mare incertaine

L’avant-dernière  de mes 45 pièces sur la mare (ici https://www.atramenta.net/collections/la-mare/1578-913?page=1&start=0%20ICI )

Mars rétif englue la mare.

Toujours un soleil veule passe et repart ;

Las, il n’a pas fait son oeuvre :

Tout reste froidure en ces manoeuvres.

———————————–

Au banc, j’ai gardé ma vêture d’hiver ;

Bien m’en a pris, sinon je n’aurais pu

Ici séjourner à tracer ces vers.

Sûr, j’aurais dû fuir au vent têtu.

————————————

Harnaché, je résiste en respirant le frais.

L’eau calme est marron limon mais

Dessus flottent, sales, herbes et branchages :

L’hiver a laissé la laideur en partage.

——————————————

Engourdis, endormis, les canards ne se meuvent,

On dirait que bouger ils ne peuvent,

Attendant, patients, de la nature l’éveil

Qui tantôt devrait nous lâcher ses merveilles.

———————————–

Il est temps car du froid, c’est assez !

Il suffit ! De seulement pouvoir rêver été…

On le veut, on l’espère, on sait bien qu’il viendra,

Après ce printemps qui, par intermittence, murmure déjà.

Un blogueur rencontre à son décès l’Être suprême. (fantaisie)

Appelons-le Dédé.

Dieu : ah, te voilà enfin, Dédé (D), On m’en a dit de belles sur toi ! Bon, je sais, tu n’étais pas le plus mauvais, mais pas le meilleur non plus. Je vais t’envoyer au purgatoire car tu as trop aimé… et les femmes en plus ! Tu n’étais pas un peu casse-cou ?

D : Que voulez-vous, Monsieur Dieu, c’était ma nature. J’ai bien essayé de résister mais il y avait en moi Dieu sait quoi qui…

Dieu : Fais gaffe à ce que tu dis, Dédé, queue diable, tu blasphèmes !

D : Pardon, Excellence. C’est comme pour ma vie, je voulais pas vraiment et puis…

Dieu : Bon, je ne vais pas être trop vache ; pour calmer ta passion et ses ardeurs, le purgatoire va te convenir car depuis trois mois ils sont en panne de chauffage. On a dû reloger toutes les femmes tellement ça caille (sic) ! Y’a plus que des gazous. Je sais que tu comprends ce langage car tu rentres de Djerba. Pour la chaleur c’est maccache besef et … plus de gazelles en vue…

D: Ô Dieu, tu peux pas me faire ça à moi qui ai résisté même à la conversion à l’islam qui pourtant promet un paradis peuplé de vierges.

Tiens, je préfère encore que tu m’envoies en enfer. Là il paraît qu’ils ne tombent jamais en panne grâce aux nouveaux panneaux solaires Hongrylltout ; mais la douleur m’égare , Seigneur, je vous ai tutoyé par inappétence. Je te, euh… vous prie de me pardonner. Après tout, c’est votre spé.

Dieu :En enfer ?… C’est trop risqué. Je peux pas faire ça à mon pote Satan. Tu vas lui chouraver toutes ses nanas.

D : Ô mon Dieu, même si je promets d’être sage ? Vous pourriez envoyer Jost pour me surveiller, ou encore Bernard, voire Denis. C’est des sérieux, ces trois-là! Enfin, vite dit, car je crois savoir que le Bernard a écrit des trucs érotiques, je ne voudrais pas cafter mais… enfin, vous savez tout, hein, il paraît !

Dieu : Bon, Dédé, je vois que tu baratines comme les Tunisiens que tu viens de rencontrer. Je ne vais pas m’en sortir ; j’ai du boulot, moi. Allez, zou, retourne sur terre. C’est encore là que tu feras le moins de dégâts…

Et Dédé revint ainsi sur son blog, à la joie –  mesurée – de ses lecteurs. 🙂

La mare anti-spleen (poésie)

ma mare 2

L’une des dernières de mes 44 pièces sur la mare (ici https://www.atramenta.net/collections/la-mare/1578-913?page=1&start=0%20ICI )

 

Jour d’ennui, de solitude

Aussi journée de lassitude.

Sept ans déjà que la retraite vint,

Sept, « d’utilité sociale » enfuie, du parfois « vivre vain ». Lire la suite « La mare anti-spleen (poésie) »

Nouvelle distinguée

 

La ville de Mennecy (91) organise depuis 8 ans, à présent en février, le festival du livre d’Île de France, où pour cette édition 150 auteurs étaient conviés, sur les 2 jours, une grande et belle manifestation dont l’invitée d’honneur était cette fois Mireille Calmel.

Parallèlement a lieu (depuis 3 ans) un concours de nouvelles : le prix Jean-Jacques Robert. Cette année dix nouvelles ont été sélectionnées par le jury afin de figurer dans le recueil offert à tous les visiteurs du salon et tiré à 500 exemplaires.

Mon texte « Elsa » a eu le bonheur de faire partie de ce choix. Le voici : Lire la suite « Nouvelle distinguée »