Automne indécis (poésie)

 

(pièce de la série « La Mare » https://www.atramenta.net/collections/la-mare/1578-913  )

 

Après les récents frimas

L’après-midi est très doux à la mare.

C’est la saison qui balbutie

Et avance comme pas à pas.

Elle y déploie, fort, tout son art,

Sachant encore se faire jolie.

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Soleil de novembre bien hardi

Incendie les roux des cimes.

Les mordorés y chatoient,

À l’oeil, splendide féérie.

Vaincu, gel d’hier les roches plus ne lime

Et tant de beauté laisse coi.

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Assis aux bancs, les promeneurs s’attardent,

Devisent même gaiement.

Je les imite en composant

À Nature cette manière de remerciement.

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Mais voici que Soleil ses rayons plus ne darde

Car une nue s’est interposée

Rappelant au rêveur d’ambre

Que vendémiaire est bel et bien novembre,

Que tant rêver était un peu osé.

Saisons poétiques en train (réédité) ed. Bernardiennes

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C’est un grand plaisir pour moi de disposer à nouveau de mon livre préféré, bien que j’aime les 9 édités à ce jour et les 2 à venir. Je remercie les éditions Associations bernardiennes (B) qui ont permis cette renaissance.

Il s’agit d’un recueil de poésie (80 poèmes) caviardé de 20 textes en prose d’une page ou deux qui eux aussi transcrivent des impressions de voyage en train (essentiellement RER, plus un ou deux trajet en train de grande ligne ainsi qu’un ou deux en métro).

Le sous-titre éclaire quelque peu l’ensemble : voyages au fil de la vie, poèmes et réflexions,mais il ne dit pas l’approche variée, sensuelle, surprenante,  toujours poétique  qui vous emmène avec moi sur ces banquettes de train : vous y êtes vraiment, voyageant en Beauté. Un paradoxe quand on sait le nombre de voyageurs qui pestent chaque jour contre l’inconfort, les aléas et la promiscuité de ce mode de transport qu’ils subissent pour se rendre au « boulot ». Après avoir lu ce livre, vous changerez votre regard sur ce « fichu RER » ; c’est garanti. Il y a dans ce recueil 7 années de voyage dans un train que j’ai emprunté quelque 21 ans pour aller au travail.

La quatrième de couverture : « Tortillard ou train de luxe, ce véhicule est un lieu où se déroulent des vies, nos vies…
Bien au-delà de nos destinations, il nous emporte au cœur de notre imaginaire.

Ces poèmes et réflexions de voyage feront route avec vous au travers des saisons. Vous trouverez dans chaque intermède poétique de l’humour, des leçons de vie et  autres surprises.
Laissez-vous en–train-er  par l’auteur, osez ce pas et vous vivrez ces voyages emportés par une écriture sensuelle, fluide et sincère, ainsi que par la force des mots.

Savourez lentement ces poésies riches des émotions que vous aussi avez éprouvées.
Un livre où la nature est particulièrement présente, dans toute sa beauté. »

L’auteur : Claude COLSON, alias Jean Claude Collau, est né en 1949 dans le Hainaut-Cambrésis ( France, département du Nord).
Ses thèmes favoris : en poésie, la nature, l’humain, l’amour dans sa forme exacerbée qu’est la passion, avec un souci de recherche de beauté, comme adéquation entre le fond et la forme.
Inspiration plus diverse dans ses romans courts, sentimentaux, historique, para-policiers…

Deux poèmes :
19 HEURES

Juste avant le soir, au printemps,
Train alenti,
Regard alentour,
Presque alangui.

Et la lumière pare maisons, toits, buissons, feuillées
De vives, osées, couleurs d’été.
Soudain tout change…
Deux allées sombres,
Voie encaissée,
Et le voyage vert foncé
Poursuit son cours dans l’ombre.

Un rai têtu s’infiltre dans la voiture,
Danse, alternant, et borde tout objet
D’un lourd éclat doré.

Il est presque tard.
La lumière orangée a mis son peignoir.

CAPTIF

Toi qui occupes mes pensées.
Petit-matin-soleil-boule orange à contempler.
Rayons absents, tout comme intensité,
Toi encore qui mon esprit reviens chercher,
Toi qui m’agaces, m’irrites, me fais hurler
Brume rasante rampant devant le bois,
Cette Beauté, c’est encore toi,
Bientôt la boule ne se laissera plus regarder,
Elle est un peu aux cieux montée,
Tu prétendras ma tête hanter,
Et le murmure des parlers près de moi de gronder,
Alors tu t’immisces dans mes pensées,
La rivière toujours doucement ondoie,
Le flot scintille comme un émoi,
Dans son reflet qui je vois ? Toi !
Intérieur, extérieur, tout m’y renvoie,
Serais-je en train de délirer ?
Délire doux, aigre à la fois,
Toi.

Un avis :

Tout banlieusard en sait long sur la grisaille du RER, ses odeurs de fer rouillé et de salissures, ses ensommeillements du petit matin, ses lassitudes du soir, ses moiteurs exécrables, tout banlieusard connaît cette locomotion fort peu encline à la contemplation et à l’extase. Pourtant, Claude Colson, le poète au cœur tendre et au regard en éveil, transforme nos allers-retours quotidiens, en une balade colorée, suave et sensuelle,
Voyage entre l’au dehors de derrière la vitre qui renvoie l’écho normatif de l’agitation des saisons et l’épicentre en interne des voitures du train, où chacun semblable à l’Autre, se recroqueville,en face à face. Les vies, les rêves, les sentiments, les émotions, de ces Autres que l’on reconnaît au fil des stations sans se connaître jamais…Mais toujours la beauté présente !
Ce recueil est magnifique de sensibilité, de réalisme, tout voyageur de RER s’y reconnaîtra ! Gisélec, lectrice

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Ce livre a bénéficié d’une mini-présentation dans « La vie du rail. »

Nombre de pages : 156
Dimensions : 12,5 X 20,1
Disponibilité :éditeur,  moi-même, amazon…
Prix éditeur : 12,50 euros (port pour la France 1,50)
ISBN : 978-2-930738-75-8

Un petit tour en montagne

montagne

Limité dans mes déplacements. Pu monter 20 minutes au dessus du Plan du Lac. Arrêt sur une roche ombreuse.
Joli spectacle de nature où domine un univers de vert. Vert des épines au dessus de ma tête, comme de celles du pin Cembro, là devant, à 20 mètres. À mes pieds le brun des aiguilles desséchées, jusqu’aux premières herbes, tapis irrégulier baigné de soleil et magnifiquement orné du mauve et du jaune des fleurs sauvages profuses. Elles profitent ici de la fin de l’été. Le tout est rehaussé de quelques taches blanches : les pétales de marguerites. C’est dix fois plus beau qu’un jardin à l’anglaise.
En contrebas, vert bouteille, le lac irisé de vaguelettes toutes dorées. À remarquer sur sa rive un éclat mat : le noir du toit d’une cabane.
Puis le regard de remonter.  D’abord un sentier s’essouffle à grimper la pente, tirant de courtes bordées, mais bientôt s’impose le vert profond d’une sapinière puis le vert tendre d’un résidu d’alpage. À nouveau les sapins, grognards serrés épaule contre épaule, attaquent la pente. Jusqu’à 2000 environ. Alors c’est encore, souveraine, l’alpe ensoleillée, seulement tachetée par endroits de maigres bosquets vert foncé. Ils s’étiolent, remplacés vers le haut par les premiers rochers qui trouent l’herbage.
Assis sur ma roche large et confortable, bien au frais, j’admire cette beauté tandis qu’au dessus de mon front une petite brise fait danser les bouquets d’aiguilles, verts eux aussi. Une pavane lente.

Plus loin, majestueuse de force impavide, presque terrifiante, triomphe la pointe déchiquetée d’où semble pleuvoir la moraine, en pierrier, presque verticale.
Un peu de vert encore tout au bas des pentes. Des lichens ? D’ici je ne saurais dire mais tout près de là j’aperçois la descente sinueuse et argentée – angles cassés – d’un torrent blanc qui me paraît étonnamment silencieux et figé.

Plaisir d’écrire ces lignes, de voir, de rendre compte, de vivre. Et cette question : qu’est-ce que la littérature ? Qu’est-ce que la vie ?

10 ième livre et 5 ième roman : bientôt !

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Un petit éditeur courageux car prenant des risques, qui monte, vient d’accepter ce roman (aucun rapport entre le « courageux »et  la qualité de mon livre , ha ha !)

Il devrait paraître en décembre ou janvier et est actuellement en prévente sur le site de l’éditeur (remise 15%) ICI

Il traite d’un thème qui concerne ou concernera beaucoup de personnes : la difficulté à aborder les soi-disant douces rives de la retraite. Vous y verrez comment deux amis de toujours tâchent de maîtriser simultanément cette phase de leur existence, avec plus ou moins de bonheur.

Comme à mon habitude de poète écrivant à l’os, c’est un roman relativement court (150 pages ou un peu plus).

J’espère que vous trouverez autant de plaisir à le lire que j’ai eu à l’écrire.

Je joins ci-dessous un extrait différent de celui qui est sur le site des éditions La P’tite Hélène (dirigeant Luc Eyraud).

EXTRAIT : scène d’ouverture…

1995

Tous deux à mi-vie, Anne-Marie et Max venaient d’avoir des mots. Une algarade brève, expéditive, témoignant de la mésentente qui depuis des mois s’installait entre eux.

Il faut dire que les circonstances s’y prêtaient : la mère de Max, âgée de 84 ans, avait eu une alerte de santé quelques jours plus tôt et il avait fallu l’hospitaliser en urgence. Le soir, il était rentré de son travail et immédiatement son épouse l’avait mis au courant :

  • Il faut que tu ailles la sortir, ils ne vont pas la garder, c’est ce qu’ils m’ont laissé entendre.

  • D’accord, j’y fonce.

Max trouva sa maman dans une sorte de couloir, un réduit lugubre jouxtant les urgences. Allongée sur un brancard, elle attendait.

Les médecins lui dirent qu’elle ne devait pas rester seule durant un ou deux jours et il décida de la ramener chez lui. Il vivait dans un pavillon de banlieue avec sa femme et leurs deux enfants de 17 et 12 ans.

À l’issue de ce délai, Huguette, sa mère, se dit un peu faible et souhaita rester davantage chez eux, si bien qu’au bout de 5 jours, elle partageait toujours leur logement.

Anne-Marie et Max durent répondre le dimanche à l’invitation d’une amie, en province, et firent venir la veille un docteur afin de tranquilliser la malade. C’était un médecin de garde, en ce week-end, mais il était âgé et expérimenté. Il ausculta la patiente et lui déclara tout de go : Rassurez-vous, Madame, vos enfants peuvent partir la journée, vous ne mourrez pas demain !

Le soir, en aparté, Anne-Marie déclara : «  Mais qu’est-ce qu’on va faire, si elle ne peut plus rester seule. On n’a pas la place pour la garder ici. »

Max se tut, Il était pris entre son amour filial, ce qu’il considérait comme ses obligations et la réalité. Il en voulut aussitôt à sa femme d’avoir de telles premières pensées, aussi concrètes alors que lui ne pensait à ce moment-là qu’à l’état de santé de sa maman.

Le lendemain soir, à leur retour, Huguette venait de décéder.

L’échange entre Max et son épouse n’en fut pas même un, plutôt un simple monologue. Il se tourna vers elle et lui dit méchamment : «  tu vois, ton problème est réglé ! » 

Plus tard il réalisa que cette divergence de points de vue était quand même fondée ; sur le coup, il avait réagi comme quelqu’un dont le couple est en difficulté depuis pas mal de temps, c’est à dire de manière un peu hargneuse.

2

2015, vingt ans plus tard, Max appelle son vieux copain :

  • Allô, Michel, c’est moi, comment vas-tu, vieux brigand ?    …/

Trajet de juin

(extrait de « saisons poétiques en train -2014, disponible auprès de l’auteur à ce jour)

Aujourd’hui train prison.
Quand je lève les yeux de mon livre, ce qui me frappe le plus souvent ce ne sont pas les échappées du regard sur le paysage mais des voies encaissées. Le train roule alors entre les arbres serrés qui défilent, formant à ma droite et à ma gauche des murailles vertes qui manquent m’étouffer, tant elles s’approchent.
À d’autres reprises, ce sont les maisons alignées, si serrées que leurs façades crépies semblent des murs de béton.
Atmosphère automnale en ce mois de juin.
Semblant de clarté, grise.
Cette impression majeure heureusement n’est pas constante. Par intermittences le train traverse un vallon…
Le temps d’écrire, c’est déjà la très proche banlieue, les immeubles et usines enchevêtrés que scrute, apeuré, un ciel blême et moutonnant.
Encore quelques minutes puis je suis à destination. Je range ma plume-compagne.

Ma mare en mai (poésie)

Une pièce de plus à ma collection  « La Mare », sur atramenta.net :

La mare sombre reflète les verts variés

De la ceinture d’arbres qui l’entoure, serrés.

L’air ? Immobile, en ces premiers jours de mai.

Les cimes tremblent à peine sous le ciel tel un dai.

Son bleu est traversé d’étranges nuées blanches, en lamelles.

Denses, inclinées, elles semblent une dentelle.

Lire la suite « Ma mare en mai (poésie) »

Le courrier (nouvelle sentimentale)

image de mail

 LE COURRIER

Assis à son bureau, il contemplait de sa fenêtre ce début d’après-midi de juillet. Tout semblait engourdi dans la torpeur chaude et lumineuse : une rue en impasse, vide, quelques maisons écrasées de soleil. C’était l’heure immobile. Sa radio diffusait un programme varié et agréable de musique d’ambiance. Pour le moment celle-ci était plutôt syncopée.

Gilles avait mis l’appareil en sourdine. Le seul mouvement qu’il distinguât était le battement d’ailes d’une tourterelle qui se posait sur une antenne de télévision. Tout était tranquille. Ce vide, sa propre immobilité l’incitèrent à se replonger par la pensée dans son passé.

Une curieuse chose, la vie. Ça s’était produit voilà plus de quinze ans. Il menait alors une existence calme de bon père de famille. Une femme, deux enfants – un garçon et une fille – classique ! Une mutation professionnelle venait de le transporter dans la capitale, où il devait à présent se rendre cinq fois par semaine, loin de son domicile de banlieue. Au bureau il rencontra assez vite une jeune femme, brune, comme il les aimait, élégante, et qui, à sa grande surprise semblait s’intéresser à lui. Marié depuis vingt ans, il n’avait jamais « regardé ailleurs », même si sa vie conjugale avait perdu au fil des ans beaucoup de son attrait.

Joëlle était quant à elle célibataire  et vivait dans la très proche banlieue. Elle l’approcha doucement, l’entretint de multiples choses, s’enquit de sa vie, et bientôt ils furent quasi inséparables. Au bout de quelques mois, c’était obligé, ils devinrent amants.

C’est ainsi que peu à peu il connut pour la première fois l’amour fou, les cœurs qui brûlent, la dépendance. Cinq ans durant ils eurent une liaison des plus orageuses car ils étaient proches de tempérament, absolus et colériques. Joëlle ne voulut pas qu’il abandonne sa famille  et ils vécurent ces années au rythme des rendez-vous furtifs et de la portion congrue. Toutes ces choses ne facilitèrent pas leur relation et Joëlle rompit plusieurs fois. Passionnée elle aussi, elle finissait cependant toujours par revenir. C’était l’alliance de deux flammes-raz de marée, la douche écossaise permanente : disputes, réconciliations, regrets, et nouveaux emportements.

Il la sentit peu à peu s’éloigner, et lui, pour qui la passion restait intacte, en souffrait de manière indescriptible. Sa douleur frisait la folie, l’obsession, d’autant qu’elle, par égards peut-être, ne le quittait pas franchement, espaçant simplement leurs rencontres. Une cinquième rupture fut pourtant « la bonne » et Joëlle partit brusquement, définitivement cette fois.

Sa souffrance fut accrue par le fait qu’il devait encore vaguement la côtoyer au bureau. Mais c’était clair, elle le fuyait, quoi qu’il tente pour entrer en contact. Elle trouva d’ailleurs bientôt le moyen de devoir venir seulement de loin en loin sur ce lieu de travail. Au bout de quatre ans il ne l’y aperçut plus du tout.

Gilles  déprima presque deux ans, bien qu’entre-temps il se fût séparé de son épouse et qu’il eût rencontré une nouvelle compagne. Une question le taraudait : comment une passion partagée, si grande, si entière, avait-elle pu mourir en elle ? Il ne comprenait pas et y pensait en boucle. Un jour il essaya de téléphoner à Joëlle ;  elle avait changé de numéro et était sur la liste rouge : impossible de se procurer ses coordonnées. Il n’osa jamais retourner chez elle. Quelquefois, bien rarement, il lui envoyait une lettre, à laquelle elle ne répondait jamais.

Cinq ans après leur rupture, elle quitta même la région ; il l’apprit par des indiscrétions du milieu professionnel. Au début et durant quelque temps, il était furieux de ce comportement. Comment pouvait-on ainsi renier son passé, cinq années qui, il le savait, avaient beaucoup compté pour chacun d’eux. Puis il n’y repensa plus que sporadiquement. Au dixième anniversaire de leur première rencontre, vexé qu’elle l’ignorât ainsi, il lui envoya un mail cynique : « À dans dix ans ! ».

L’année suivante, dans un nouvel accès de colère, il brisa cette presque promesse et lui fit parvenir un autre courriel : « On peut zapper les gens, les squizzer mais on ne peut faire que ce qu’on a vécu n’ait pas été. »  La réponse de Joëlle fut l’attitude qu’elle adoptait depuis leur rupture : le silence total.

Gilles repensait en ce chaud jour de juillet à cette parfaite énigme. Était-ce une volonté de le réifier ou, pire encore, de nier son existence ? Voulait-elle lui signifier la profondeur de son mépris, et pourquoi donc, diable ? Il suivait à nouveau les arcanes de ce mystère. À vrai dire cela lui arrivait de moins en moins souvent. La vie… .

En effet, il avait fini par sortir, certes très difficilement, de cette douleur. Il avait rencontré d’autres gens, d’autres femmes, eu d’autres aventures. Plus ou moins heureuses d’ailleurs. Une aventure c’est toujours en ses débuts une promesse, qui bien vite s’avère non tenue. L’être humain poursuit ses rêves sans relâche mais l’essentiel est dans les réveils successifs qui suivent. Bref, cet après-midi-là il repensait à Joëlle, à l’abandon qu’il avait subi de sa part. Fusillé en plein amour. Ainsi s’était-il vu autrefois.  Dans sa perplexité renaissante il écrivit un mail à Joëlle :

—   Bientôt douze années que tu m’as quitté et je n’ai toujours pas compris.

Il ne s’attendait guère à une quelconque réaction. Ces envois épisodiques étaient devenus pour lui une sorte de rite, simplement. Une demi-heure plus tard, comme il baguenaudait sur le net et consultait sa boîte machinalement, il vit au milieu d’une liste d’expéditeurs une adresse qu’il n’avait d’abord pas remarquée : joëlle25@wanadoo.com

Aussitôt son cœur accéléra. Il s’apprêta à cliquer mais retint son geste :    —   Et si…, si…, se dit-il

Il s’était en effet toutes ces années accommodé du silence. Peu à peu, Joëlle qu’il avait tant aimée était devenue à ses yeux quelqu’un de banal. C’est tout juste si à présent il ne méprisait pas certains traits de son caractère, alors qu’autrefois, subjugué qu’il était par la passion, tout en elle l’émerveillait. Il avait même fini par trouver acceptables ses idées politiques opposées aux siennes, c’est dire… Mais la curiosité étant trop forte, il ouvrit ce courrier et lut :

—   Gilles, tu trouveras bientôt dans ta boite aux lettres un paquet. Je suppose que tu n’as pas changé d’adresse. Casanier comme tu étais, cela m’étonnerait. Dans ce paquet il y a un livre que j’ai écrit, sur notre histoire. J’ai eu besoin de me libérer ainsi de ce passé que je n’ose appeler nôtre, tant le tien doit être différent du mien, bien que nous ayons vécu les mêmes événements.  Sans nul doute trouveras-tu dans ces écrits les réponses aux questions que tu te poses.

Joëlle

On était un lundi après-midi. Il se rappela soudain que parti en week-end cette semaine-là et rentré le matin même, il n’avait pas relevé son courrier depuis trois jours. Il sortit précipitamment de son appartement, dévala les escaliers et, au bas de son immeuble, se retrouva nez à nez avec le facteur.

— Ça tombe bien, j’allais sonner car j’ai un paquet pour vous.

—  Donnez, merci et bonne journée, balbutia-t-il en lui arrachant presque le petit paquet des mains.

Déjà il remontait les escaliers. Le facteur le regardait bizarrement. Lequel des deux trouvait l’autre le plus bizarre ?

Chez lui il posa l’objet sur son bureau et le regarda longuement, très ému. Allait-il enfin comprendre ce qui à l’époque avait poussé Joëlle à mettre brutalement un terme à leur liaison ? Ses mains tremblaient quand il posa les doigts sur le haut du colis. Il percevait dans sa poitrine les battements furieux de son cœur, son front était glacé.

Brusquement il retourna à son ordinateur et écrivit d’un jet à son ancienne maîtresse :

— Joëlle, le paquet vient d’arriver. Ne le prends surtout pas mal mais je ne l’ouvrirai pas. Je vais de ce pas à la poste pour te le réexpédier. Tu m’as déjà suffisamment nui.

Gilles.

Il le fit dans la foulée et immédiatement se sentit mieux. C’était fini. Il pouvait enfin passer à autre chose, pleinement.

 

Ma novella sentimentalo-polar ou polardo-sentimentale : Aimez-vous la danse ?

Avant l’été, c’est peut-être le moment de vous inciter à jeter un coup d’œil aux critiques reçues – ici sur amazon, mais pas que là ; si, si… cherchez 🙂  – par mon petit roman (novella, en fait) qui mêle genres sentimental et polar. Paru en 2014 aux éditions Hélène Jacob, versions numériques (2,99 euros) et papier (10,45 euros). Vous pouvez voir là 12 notes de lecture, variées :

 

Pour voir ces 12 critiques : cliquez

 

Pour le moùment (changement d’éditeur) : le livre est disponible en version papier auprès de l’auteur. monilet@wanadoo.fr

Statistiques de ce blog

Par curiosité, je viens de m’amuser à regarder les pages les plus vues durant ces 42 derniers mois, peu après la création du blog.

Cela donne :

Maisons d’édition acceptant les manuscrits par mail   38 435, vainqueur sans conteste,

Réflexions sur l’amitié  9232

Page d’accueil/Archives  4374

 

Qui suis-je  635

Livre 8 Saisons poétiques en train (recueil de poésie) 292

Livre 9 Deux, Pair et manque ( roman)  254

Tempus fugit (une poésie) 237

Le vieux permis de conduire (une mini nouvelle)  197

 

La « place » de la poésie est intéressante, entre autres.

Mare incertaine

L’avant-dernière  de mes 45 pièces sur la mare (ici https://www.atramenta.net/collections/la-mare/1578-913?page=1&start=0%20ICI )

Mars rétif englue la mare.

Toujours un soleil veule passe et repart ;

Las, il n’a pas fait son oeuvre :

Tout reste froidure en ces manoeuvres.

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Au banc, j’ai gardé ma vêture d’hiver ;

Bien m’en a pris, sinon je n’aurais pu

Ici séjourner à tracer ces vers.

Sûr, j’aurais dû fuir au vent têtu.

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Harnaché, je résiste en respirant le frais.

L’eau calme est marron limon mais

Dessus flottent, sales, herbes et branchages :

L’hiver a laissé la laideur en partage.

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Engourdis, endormis, les canards ne se meuvent,

On dirait que bouger ils ne peuvent,

Attendant, patients, de la nature l’éveil

Qui tantôt devrait nous lâcher ses merveilles.

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Il est temps car du froid, c’est assez !

Il suffit ! De seulement pouvoir rêver été…

On le veut, on l’espère, on sait bien qu’il viendra,

Après ce printemps qui, par intermittence, murmure déjà.