SECRET (poésie ; hommage à l’amour fou)

Dis-moi petite par quel mystère

près de toi l’ombre devient lumière

la* colère se fait tendresse

laideur mue en beauté

et Sexe Pureté

 

in « Saisons d’une passion », ed. Chloé des Lys

(*  aujourd’hui, j’enlèverais l’article)

image: source

Un malaise inattendu

woman sitting holding smartphone between two men and two women
Photo de rawpixel.com sur Pexels.com

[extrait de « Saisons poétiques en train » (éd. Bernardiennes)]

   Ce matin, aux stations, le train s’arrête beaucoup plus longuement que d’ordinaire. D’interminables minutes. Et c’est l’anormal, le figé. Comme si la vie était sortie de son lit.
Chez les voyageurs on devine alors une sorte de sourd malaise. On se regarde furtivement ; après tout, on ne se connaît pas. On pense pourtant à peu près la même chose. Vite détourner les yeux. Comme si de rien.
Se réfugier dans la normalité de l’indifférence. Pourtant, l’extra-ordinaire nous amène aux bords de l’humanité. Il s’en faudrait de peu pour.
Ce malaise va au-delà de la crainte du patron, bientôt furieux du retard. Dans le non-dit général c’est la vie qui s’enlise, prend en gelée. Les cerveaux sont soudain envahis par l’obligation de penser. Quel scandale ! Il était si commode de se laisser porter par le train-train, d’ « être vécu » en quelque sorte, plutôt que de vivre. Nous revoici sujets !
La fraternité, depuis longtemps battue en brèche, est sur le point de revenir. On pourrait presque se parler, je ne veux pas dire faire semblant, émettre des sons creux, paraître, se protéger, briller mais se parler vraiment .


Eh bien non, l’incident est réglé, le train reprend sa marche normale ; les gens peuvent à nouveau, dans la promiscuité, s’ignorer tranquillement. On l’a échappé belle ! Moi compris.Il est de ces dérisions ordinaires…

Max ou l’art subtil de vieillir (roman)- 2019

Voili, voilou : il est paru aux éditions La p’tite Hélène !

Il a même fait sa première sortie publique samedi dernier, lors d’une signature où 5 exemplaires sont partis vers leurs lecteurs, presque tous lectrices en fait, même si je présentais mes 10 livres édités.

Lui, c’est mon cinquième roman , de quelque 150 pages : je reste fidèle au genre court qui est l’une de mes caractéristiques. C’est une fiction qui pour partie s’inspire du vécu.

2 amis de toujours arrivent à l’âge de la retraite et ont quelque difficulté à s’adapter à ce nouveau statut, qui les voit socialement dévalorisés. Finiront-ils par trouver un modus vivendi, voire une solution à ces nouveaux problèmes ? C’est à vous, lectrices et lecteurs, qui êtes- ou connaissez des personnes dans cette situation, ou la connaîtrez vraisemblablement vous-mêmes un jour, de le découvrir.

Des extraits figurent déjà sur ce blog (https://claudecolson.com/2019/01/ ; https://claudecolson.com/2018/10/15/10-ieme-livre-et-5-ieme-roman-bientot/) et un autre sur le site de l’éditeur.

Infos et achat : ICI

Le prix public du livre papier est de 16 euros. Il vous attend. 😉

La patience du diable – Maxime Chattam (notule de lecture)

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Résumé (babelio) :

« Un go-fast pris en flag qui transporte bien pire que de la drogue… Deux ados qui tirent sur les passagers d’un TGV lancé à pleine vitesse…
Des gens ordinaires découverts morts… de terreur. Le Diable mène le bal, le monde est devenu fou. Lieutenant à la Section de Recherche de Paris, Ludivine Vancker comprend bientôt qu’un fil sanglant relie ces faits divers. Rien ne pourra l’empêcher de remonter la piste à sa source.
Aux racines de la peur. Le Mal peut-il contaminer ceux qui le traquent ? »

L’auteur : (extrait de Wikipedia) : « 

Au cours de son enfance, Maxime Chattam  fait de fréquents séjours aux USA  : sa première destination en 1987 est Portland dans l’Oregon’, ville qui inspire son premier roman. Maxime a effectué sa scolarité au lycée Montesquieu à Herblay puis à l’Université Paris XIII-Nord. Durant son adolescence, souhaitant devenir acteur, il prend des cours de comédie au Cours Simon  à Paris . Il obtient des rôles pour la télévision et la publicité.

En 1988, il passe quelque temps dans la jungle thaïlandaise. Le journal qu’il écrit alors est sa première expérience avec l’écriture. Il la poursuit au début des années 1990 avec ses premiers essais littéraires d’abord inspirés de Stephen King  et notamment du film Stand By Me tiré de la nouvelle Le Corps dans le recueil de nouvelles Différentes Saisons. Il ébauche son premier roman, Le Coma des mortels, qui raconte un mois dans la peau d’un jeune homme plongé dans le coma, à la suite d’un accident qui s’avère être une tentative de meurtre. Il reprend des études de lettres modernes. »…/

Lecture : pour moi, une découverte. Je lis extrêmement peu de thrillers, quasiment jamais d’ailleurs. Là, c’est une rencontre de hasard qui m’a fait aborder cet auteur, une première . Ma lecture remonte à quelques semaines déjà « et je me souviens juste avoir énormément apprécié ce voyage de rebondissement en rebondissement dans les arcanes du mal. J’ai aussi eu le temps d’apprécier une langue maîtrisée, une belle langue même ; je lirai d’autres livres de cet écrivain.

 

La mare en magie d’hiver (poésie)

49 ième pièce de ma collection « La mare » sur atramenta.net 

ICI

LA MARE EN MAGIE D’HIVER

hiver sur la mare

Ce froid lundi de janvier,

Un mince glacis t’a enserrée,

Ô ma mare. À toi fort bien il sied,

Contrairement à la peau sur le lait.

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Il emprisonne peut-être les rêves d’été

Que tu susurres aux colverts égarés,

Nageant, nageottant aux espaces non sertis

Que, çà et là, encore on peut trouver ici.

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Peu à peu, soleil de 14 heures te libère,

L’essaie du moins ; échouera cependant aux lisières

Qui derechef la glace vers le centre enverront

Car, avec l’heure venant, s’intensifieront,

Implacables, les frimas de saison.

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Pour l’heure, à contre-jour, lumière se reflète

Sur ton carcan gelé,

Créant à ses aspérités,

Oh mon Dieu – splendide fête –

D’innombrables vaguelettes de feu.

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Et par dessus tout ça, la cascatelle murmure,

Avant d’être , elle aussi, prise par la froidure.

Extrait de « Max ou l’art subtil de vieillir, roman à paraître en février.

Ce roman court est mon dixième livre et cinquième roman.

Deux extraits sont déjà en ligne, l’un sur ce blog, l’autre sur le site de La p’tite Hélène éditions. En voici un nouveau :

…/

Arrivé chez son copain, Max le trouva attablé, occupé à lire son journal. En le voyant, il se dit : tiens, il a encore maigri, c’est flagrant depuis quatre ou cinq mois. Mieux vaut ne pas lui en parler. Son aspect lui sauta également aux yeux : certes il était chez lui, mais visiblement il n’avait pas pris la peine de se coiffer ni même de s’habiller correctement. Il pensa : il se laisse aller… Il dégustait une bière belge, un peu forte en alcool. En dépit de l’heure encore matinale, ce n’était sûrement pas sa première car Max lui trouva la langue légèrement pâteuse :

—  Eh bee, mon vieux, tu picoles déjà ? Ouest-ce qui ne va pas ?

–— Tu le sais bien, à quoi on sert maintenant qu’on est retraités ? À rien ou presque, on est en marge de la société – pas bien belle aujourd’hui d’ailleurs. On ne voit quasiment plus personne. On est condamnés à rester enfermés dans nos quatre murs ; moi en tout cas j’ai plus envie de sortir : pour aller où du reste… je ne connais plus personne, pfff

— Oh là ! Il faut te secouer, vieille branche, t’évolues mal là. J’ai bien entendu tout à l’heure où t’en était. C’est pour ça que je suis venu : on va aller se changer les idées !

—  T’es sympa ; je veux bien mais tu sais comme moi que c’est juste un dérivatif. Ça ne changera rien au fond ; après on se retrouvera au même point. Heureusement que j’ai mon journal, mes cigares et ma bière ou mon pastis. Si j’avais pas ma fille et ses petits, y’a longtemps que j’serais « parti ». Et puis eux d’ailleurs…

— C’est bon, je connais le refrain. Tu vas dire qu’elle te délaisse etc, allez, zou, on y va, tu vas voir que la bonne petite bouteille au restau nous redonnera le goût de vivre. Toi, en tout cas, t’en as sacrément b’soin aujourd’hui.

Max avait remarqué, ces dernières années que son ami buvait un peu plus que de raison, mangeait le minimum – un seul repas principal par jour, que, de surcroît, il accompagnait ces derniers temps de pastis plutôt que de vin. Il filait un mauvais coton mais Max ne songeait pas à l’en blâmer. Il ne trouvait pas d’arguments sérieux à lui opposer. Il connaissait lui-même trop bien ce sentiment d’inutilité qui vous tombe généralement dessus, une fois que vous avez cessé toute activité professionnelle, quand les enfants sont partis vivre leur vie et n’ont, par nécessité, plus beaucoup de temps à vous consacrer. Lui-même passait pas mal de son temps à « glander » dans son appartement. Pourquoi faire les choses quand on en perd le goût ? et aussi, pour qui ?

Difficile, dans ces conditions, de « péter la forme ». À cet âge, dans nos civilisations occidentales et de nos jours, les couples se sont défaits, pratiquement une fois sur deux dans les environs de Paris, et les seniors, comme on tente de les appeler pudiquement, disons sans crainte les vieux, sont voués à la solitude. C’était le propre de la génération des babyboomers qui n’avaient plus vécu comme leurs parents : plus d’indépendance, moins de mariage, moins d’enfants.  Y échappaient, bien sûr, ceux qui, peu nombreux, avaient su organiser leur départ à la retraite et surtout l’après. Un truc facile à dire, surtout si c’est une recommandation qui vient d’amis bien intentionnés. Ils ne manquent jamais de vous le seriner. Le réaliser est une autre paire de manches ! …/

Boutique de l’éditeur

(réduction de 15% jusqu’à la parution : prévente)

 

Accident nocturne . Patrick Modiano (Notede lecture)

accident-nocturne

Avis (Babelio-extrait) : Dans ce récit proche de l’enquête policière mais aussi très littéraire, l’auteur sait ménager son lecteur et le perdre dans une confusion narrative parfaitement maîtrisée, sans jamais l’abandonner totalement.

Ma lecture :

Il y a 5 ans environ j’avais lu un  Modiano de plus et j’avoue qu’alors j’avais été un peu excédé par la « petite musique » permanente. Overdose peut-être.

J’ai repris avec bonheur la lecture de cet auteur, avec un titre ancien et, cette fois, cela a fonctionné en ce qui me concerne. Comme toujours chez lui, ce sont des souvenirs éphémères et diffus où se meuvent des ombres, rêve et réalité, présent et passé intriqués.

L’admirable pureté de la langue contribue à peindre l’évanescence de la vie, l’envoûtement de cette recherche du passé. Le narrateur veut absolument retrouver une conductrice énigmatique qui l’a renversé et qu’il a l’impression d’avoir déjà rencontrée. Il est en quête de son passé, des bribes de sa vie oubliée.

Il finit par retrouver la dame et ils se « rapprochent ». Comme souvent chez Modiano, la fin est ouverte. Un très bon moment de lecture.

Modiano est prix Nobel de littératuire 2014.

Automne indécis (poésie)

 

(pièce de la série « La Mare » https://www.atramenta.net/collections/la-mare/1578-913  )

 

Après les récents frimas

L’après-midi est très doux à la mare.

C’est la saison qui balbutie

Et avance comme pas à pas.

Elle y déploie, fort, tout son art,

Sachant encore se faire jolie.

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Soleil de novembre bien hardi

Incendie les roux des cimes.

Les mordorés y chatoient,

À l’oeil, splendide féérie.

Vaincu, gel d’hier les roches plus ne lime

Et tant de beauté laisse coi.

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Assis aux bancs, les promeneurs s’attardent,

Devisent même gaiement.

Je les imite en composant

À Nature cette manière de remerciement.

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Mais voici que Soleil ses rayons plus ne darde

Car une nue s’est interposée

Rappelant au rêveur d’ambre

Que vendémiaire est bel et bien novembre,

Que tant rêver était un peu osé.

Saisons poétiques en train (réédité) ed. Bernardiennes

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C’est un grand plaisir pour moi de disposer à nouveau de mon livre préféré, bien que j’aime les 9 édités à ce jour et les 2 à venir. Je remercie les éditions Associations bernardiennes (B) qui ont permis cette renaissance.

Il s’agit d’un recueil de poésie (80 poèmes) caviardé de 20 textes en prose d’une page ou deux qui eux aussi transcrivent des impressions de voyage en train (essentiellement RER, plus un ou deux trajet en train de grande ligne ainsi qu’un ou deux en métro).

Le sous-titre éclaire quelque peu l’ensemble : voyages au fil de la vie, poèmes et réflexions,mais il ne dit pas l’approche variée, sensuelle, surprenante,  toujours poétique  qui vous emmène avec moi sur ces banquettes de train : vous y êtes vraiment, voyageant en Beauté. Un paradoxe quand on sait le nombre de voyageurs qui pestent chaque jour contre l’inconfort, les aléas et la promiscuité de ce mode de transport qu’ils subissent pour se rendre au « boulot ». Après avoir lu ce livre, vous changerez votre regard sur ce « fichu RER » ; c’est garanti. Il y a dans ce recueil 7 années de voyage dans un train que j’ai emprunté quelque 21 ans pour aller au travail.

La quatrième de couverture : « Tortillard ou train de luxe, ce véhicule est un lieu où se déroulent des vies, nos vies…
Bien au-delà de nos destinations, il nous emporte au cœur de notre imaginaire.

Ces poèmes et réflexions de voyage feront route avec vous au travers des saisons. Vous trouverez dans chaque intermède poétique de l’humour, des leçons de vie et  autres surprises.
Laissez-vous en–train-er  par l’auteur, osez ce pas et vous vivrez ces voyages emportés par une écriture sensuelle, fluide et sincère, ainsi que par la force des mots.

Savourez lentement ces poésies riches des émotions que vous aussi avez éprouvées.
Un livre où la nature est particulièrement présente, dans toute sa beauté. »

L’auteur : Claude COLSON, alias Jean Claude Collau, est né en 1949 dans le Hainaut-Cambrésis ( France, département du Nord).
Ses thèmes favoris : en poésie, la nature, l’humain, l’amour dans sa forme exacerbée qu’est la passion, avec un souci de recherche de beauté, comme adéquation entre le fond et la forme.
Inspiration plus diverse dans ses romans courts, sentimentaux, historique, para-policiers…

Deux poèmes :
19 HEURES

Juste avant le soir, au printemps,
Train alenti,
Regard alentour,
Presque alangui.

Et la lumière pare maisons, toits, buissons, feuillées
De vives, osées, couleurs d’été.
Soudain tout change…
Deux allées sombres,
Voie encaissée,
Et le voyage vert foncé
Poursuit son cours dans l’ombre.

Un rai têtu s’infiltre dans la voiture,
Danse, alternant, et borde tout objet
D’un lourd éclat doré.

Il est presque tard.
La lumière orangée a mis son peignoir.

CAPTIF

Toi qui occupes mes pensées.
Petit-matin-soleil-boule orange à contempler.
Rayons absents, tout comme intensité,
Toi encore qui mon esprit reviens chercher,
Toi qui m’agaces, m’irrites, me fais hurler
Brume rasante rampant devant le bois,
Cette Beauté, c’est encore toi,
Bientôt la boule ne se laissera plus regarder,
Elle est un peu aux cieux montée,
Tu prétendras ma tête hanter,
Et le murmure des parlers près de moi de gronder,
Alors tu t’immisces dans mes pensées,
La rivière toujours doucement ondoie,
Le flot scintille comme un émoi,
Dans son reflet qui je vois ? Toi !
Intérieur, extérieur, tout m’y renvoie,
Serais-je en train de délirer ?
Délire doux, aigre à la fois,
Toi.

Un avis :

Tout banlieusard en sait long sur la grisaille du RER, ses odeurs de fer rouillé et de salissures, ses ensommeillements du petit matin, ses lassitudes du soir, ses moiteurs exécrables, tout banlieusard connaît cette locomotion fort peu encline à la contemplation et à l’extase. Pourtant, Claude Colson, le poète au cœur tendre et au regard en éveil, transforme nos allers-retours quotidiens, en une balade colorée, suave et sensuelle,
Voyage entre l’au dehors de derrière la vitre qui renvoie l’écho normatif de l’agitation des saisons et l’épicentre en interne des voitures du train, où chacun semblable à l’Autre, se recroqueville,en face à face. Les vies, les rêves, les sentiments, les émotions, de ces Autres que l’on reconnaît au fil des stations sans se connaître jamais…Mais toujours la beauté présente !
Ce recueil est magnifique de sensibilité, de réalisme, tout voyageur de RER s’y reconnaîtra ! Gisélec, lectrice

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Ce livre a bénéficié d’une mini-présentation dans « La vie du rail. »

Nombre de pages : 156
Dimensions : 12,5 X 20,1
Disponibilité :éditeur,  moi-même, amazon…
Prix éditeur : 12,50 euros (port pour la France 1,50)
ISBN : 978-2-930738-75-8

Un petit tour en montagne

montagne

Limité dans mes déplacements. Pu monter 20 minutes au dessus du Plan du Lac. Arrêt sur une roche ombreuse.
Joli spectacle de nature où domine un univers de vert. Vert des épines au dessus de ma tête, comme de celles du pin Cembro, là devant, à 20 mètres. À mes pieds le brun des aiguilles desséchées, jusqu’aux premières herbes, tapis irrégulier baigné de soleil et magnifiquement orné du mauve et du jaune des fleurs sauvages profuses. Elles profitent ici de la fin de l’été. Le tout est rehaussé de quelques taches blanches : les pétales de marguerites. C’est dix fois plus beau qu’un jardin à l’anglaise.
En contrebas, vert bouteille, le lac irisé de vaguelettes toutes dorées. À remarquer sur sa rive un éclat mat : le noir du toit d’une cabane.
Puis le regard de remonter.  D’abord un sentier s’essouffle à grimper la pente, tirant de courtes bordées, mais bientôt s’impose le vert profond d’une sapinière puis le vert tendre d’un résidu d’alpage. À nouveau les sapins, grognards serrés épaule contre épaule, attaquent la pente. Jusqu’à 2000 environ. Alors c’est encore, souveraine, l’alpe ensoleillée, seulement tachetée par endroits de maigres bosquets vert foncé. Ils s’étiolent, remplacés vers le haut par les premiers rochers qui trouent l’herbage.
Assis sur ma roche large et confortable, bien au frais, j’admire cette beauté tandis qu’au dessus de mon front une petite brise fait danser les bouquets d’aiguilles, verts eux aussi. Une pavane lente.

Plus loin, majestueuse de force impavide, presque terrifiante, triomphe la pointe déchiquetée d’où semble pleuvoir la moraine, en pierrier, presque verticale.
Un peu de vert encore tout au bas des pentes. Des lichens ? D’ici je ne saurais dire mais tout près de là j’aperçois la descente sinueuse et argentée – angles cassés – d’un torrent blanc qui me paraît étonnamment silencieux et figé.

Plaisir d’écrire ces lignes, de voir, de rendre compte, de vivre. Et cette question : qu’est-ce que la littérature ? Qu’est-ce que la vie ?