L’Ordre du jour – Éric Vuillard (C.R. de lecture)

Le livre (babelio) :

L’Allemagne nazie a sa légende. On y voit une armée rapide, moderne, dont le triomphe parait inexorable. Mais si au fondement de ses premiers exploits se découvraient plutôt des marchandages, de vulgaires combinaisons d’intérêts ? Et si les glorieuses images de la Wehrmacht entrant triomphalement en Autriche dissimulaient un immense embouteillage de panzers ? Une simple panne ! Une démonstration magistrale et grinçante des coulisses de l’Anschluss par l’auteur de «Tristesse de la terre» et de «14 juillet».

Extrait

« UNE RÉUNION SECRÈTE

Le soleil est un astre froid. Son cœur, des épines de glace. Sa lumière, sans pardon. En février, les arbres sont morts, la rivière pétrifiée, comme si la source ne vomissait plus d’eau et que la mer ne pouvait en avaler davantage. Le temps se fige. Le matin, pas un bruit, pas un chant d’oiseau, rien. Puis, une automobile, une autre, et soudain des pas, des silhouettes qu’on ne peut pas voir. Le régisseur a frappé trois coups, mais le rideau ne s’est pas levé.                    Nous sommes un lundi, la ville remue derrière son écran de brouillard. Les gens se rendent au travail comme les autres jours, ils prennent le tram, l’autobus, se faufilent vers l’impériale, puis rêvassent dans le grand froid. Mais le 20 février de cette année-là ne fut pas une date comme les autres. Pour – tant, la plupart passèrent leur matinée à bûcher, plongés dans ce grand mensonge décent du travail, avec ces petits gestes où se concentre une vérité muette, convenable, et où toute l’épopée de notre existence se résume en une pantomime diligente.
La journée s’écoula ainsi, paisible, normale. Et pendant que chacun faisait la navette entre la maison et l’usine, entre le marché et la petite cour où l’on pend le linge, puis, le soir, entre le bureau et le troquet, et enfin rentrait chez soi, bien loin du travail décent, bien loin de la vie familière, au bord de la Spree, des messieurs sortaient de voiture devant un palais. On leur ouvrit obséquieusement la portière, ils descendirent de leurs grosses berlines noires et défilèrent l’un après l’autre sous les lourdes colonnes de grès. »

Ma lecture : 

Superbe texte qui retrace l’histoire de la conquête du pouvoir par les nazis, leur influence en Allemagne, Autriche et dans toute l’Europe, leur régime sans partage jusqu’en 1945.

Il s’attarde longuement sur l’Anschluss, les compromissions des grands industriels allemands qui gardèrent leur influence dans l’après-guerre et jusqu’à aujourd’hui, la lâcheté des Européens face à Hitler, le règne de la force.

L’annexion de l’Autriche est tournée en ridicule par le gigantesque embouteillage de panzers tombés tous en panne ce jour-là, à la grande fureur d’Hitler, retardé pour son entrée à Vienne,  ce qui démontre aussi l’absence totale d’opposition dans cet accueil enthousiaste de l’immense majorité des habitants.

La fin est particulièrement émouvante lorsqu’il évoque le suicide de plus de 1700 Autrichiens dans les semaines qui suivirent l’annexion, le 12 mars 1933. À leur manière, ils sauvèrent l’honneur d’un pays qui, sous le joug, les manipulations et aussi par faiblesse, avait capitulé, appelant à lui le tyran. Ils ne se sont pas suicidés, dit l’auteur, ils sont les victimes d’un crime.

Tout autant qu’il évoque cette période funeste, ce livre nous alerte et informe sur les manques et compromissions de l’Humain dans un monde implacable. Une belle écriture, une lecture très forte que je ne regrette pas.

La mare anti-spleen (poésie)

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L’une des dernières de mes 44 pièces sur la mare (ici https://www.atramenta.net/collections/la-mare/1578-913?page=1&start=0%20ICI )

 

Jour d’ennui, de solitude

Aussi journée de lassitude.

Sept ans déjà que la retraite vint,

Sept, « d’utilité sociale » enfuie, du parfois « vivre vain ». Lire la suite « La mare anti-spleen (poésie) »

Nouvelle distinguée

 

La ville de Mennecy (91) organise depuis 8 ans, à présent en février, le festival du livre d’Île de France, où pour cette édition 150 auteurs étaient conviés, sur les 2 jours, une grande et belle manifestation dont l’invitée d’honneur était cette fois Mireille Calmel.

Parallèlement a lieu (depuis 3 ans) un concours de nouvelles : le prix Jean-Jacques Robert. Cette année dix nouvelles ont été sélectionnées par le jury afin de figurer dans le recueil offert à tous les visiteurs du salon et tiré à 500 exemplaires.

Mon texte « Elsa » a eu le bonheur de faire partie de ce choix. Le voici : Lire la suite « Nouvelle distinguée »

Pour un exercice d’écriture : le parfait dictateur

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Charte dictatoriale

« Voici le sujet d’écriture: « Quel sorte de dictateur êtes-vous ? »Une grande catastrophe a annihilé la quasi-totalité de l’espèce humaine. Vous faites parti des survivants en compagnie de quelques milliers d’autres hommes et femmes. Votre objectif est d’établir une charte qui posera les bases légales au fonctionnement de votre communauté de rescapés (en vase clos). Pour cela, vous disposez d’un maximum de 10 articles et de 1000 mots ! Lire la suite « Pour un exercice d’écriture : le parfait dictateur »

Moi, Nojoud, 10 ans, divorcée (Note de lecture)

Nojoud

Sur Babelio :

Nojoud Ali
Delphine Minoui (collaborateur)

ISBN : 2749909767
Éditeur : MICHEL LAFON (22/01/2009)

 

Résumé :

Ce livre est l’histoire vraie d’une petite Yéménite qui a osé défier l’archaïsme des traditions de son pays en demandant le divorce. Et en l’obtenant !Une première dans ce pays du sud de la péninsule arabique, où plus de la moitié des filles sont mariées avant d’avoir dix-huit ans. Son courage a été largement salué par la presse internationale et son parcours a ému le monde entier. 

Passée du statut de victime anonyme à celui d’héroïne, elle raconte aujourd’hui son histoire. Pour briser le silence. Pour encourager les autres petites filles de son âge à ne pas tomber dans le même piège qu’elle. 

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Lecture :
j’ai lu ce livre il y a déjà quelque temps. Il m’était tombé sous la main un peu par hasard car ce n’est pas mon genre de lecture habituel, orienté que je suis vers des choses plus littéraires. J’avais alors pris quelques notes sur lesquelles je ne remets pas la main… grrr.
Je suis allé jusqu’au bout de ce petit écrit ;  il y a de l’émotion dans la narration de cette histoire vécue.
C’est un témoignage déjà un peu ancien (2008) sur la condition féminine au Yemen. A-t-elle beaucoup évolué ?
On y voit comment cette enfant a dû quitter l’école à 10 ans pour être mariée de force et subir un calvaire ; sa volonté sans faille lui permettra de s’en sortir. (Un cas qui restera isolé ?) Elle décide ainsi de ne plus porter le niqab, de mettre des talons, puis d’être plus tard avocate afin de défendre les droits des filles de son pays. Ayant fini, grâce à son acharnement et à l’aide d’une avocate, par  obtenir le divorce, elle a pu reprendre l’école.
À cette lecture qui provoque notre empathie  et quand on voit ce qu’il reste à faire chez nous pour établir l’égalité hommes/femmes, on ne peut que se féliciter de vivre dans nos pays occidentaux, certes très imparfaits, mais loin de ces coutumes archaïques : oui, nous sommes malgré tout chanceux ; ne l’oublions pas. Il est bon de lire aussi de tels documentaires.
Qu’est-elle devenu ? 
(wikipédia) [en 2009]  un projet de loi visant à établir l’âge minimum du mariage a été bloqué par la commission de la chariaau Parlement yéménite1. Le projet de constitution présenté en janvier 2015 prévoit d’amener l’âge légal du mariage à dix-huit ans2, mais la guerre rend les conditions de vie difficiles et il n’y a pas d’âge minimum pour le mariage au Yémen.

Daprès le site 7 sur 7.be, une info de 2013 : « Le livre de son histoire a été écrit par Delphine Minoui et publié en France, puis traduit dans 16 langues et vendu dans 35 pays. L’éditeur, Michel Lafon, était d’accord pour verser 1.000 dollars par mois au père, Ali Mohammed al-Ahdel, jusqu’aux 18 ans de la fille. Une grande maison a également été achetée pour la famille et un fonds est versé directement à l’école pour sa scolarité.

Seulement voilà, Nojoud a déclaré qu’elle n’avait pas touché un centime de l’argent versé à son père. Elle a indiqué que son père louait le premier étage de la maison à une autre famille. « Il m’a demandé de partir et d’aller vivre avec mon grand frère dans sa miniscule maison ».

Sa soeur, Haifa Ali, a récemment été fiancée à un homme qu’elle ne connaît pas. « Je ne veux pas me marier. J’ai très peur parce que la dot a déjà été payée et je veux continuer ma scolarité ».

Haifa est interrompue par Nojoud, sa colère dépassant sa timidité: « Je ne laisserai pas ça passer. Je parlerai à un maximum de journalistes et d’avocats. Tout cela est illégal. »

Le père a refusé de parler au Guardian mais l’éditeur dit tenter de rectifier la situation. « Légalement, nous ne pouvons pas payer Nojoud directement au Yémen et il est parfois très difficile de savoir ce qu’il se passe depuis la France », a déclaré Margaux Mersie, représentante des éditions Michel Lafon. « Le problème est que beaucoup de juges soutiennent le père ».

La fille est déterminée à aller étudier en Angleterre pour devenir avocate. « Comparée aux rêves, la réalité est parfois cruelle. Mais la vie nous réserve parfois de belles surprises », conclut la jeune fille, avec une maturité surprenante. »

Osmose,os-mare (poésie)

2017-09-18 osmose, os-mare 001

42 ième pièce poétique/44 de ma collection « La mare », sur atramenta.net (https://www.atramenta.net/account/write/collection_edit.php?cid=913)

En beauté dans la lumière

Froide d’un matin automnal,

La mare, fidèle en son aire

Réjouit l’oeil, le coeur et l’âme.

———————————— Lire la suite « Osmose,os-mare (poésie) »

Interview par la page FB Secrets de polichinelle

Je « connais » Claude Colson depuis longtemps sans jamais avoir eu l’occasion de le rencontrer. Et comme, seules les montagnes ne se rencontrent jamais et que nous ne sommes pas affligés d’un physique « himalayesque » (même s’il est temps de me mettre au régime), la rencontre s’est enfin réalisée… l’occasion était trop belle pour lui poser quelques questions…


1) Peux-tu nous présenter ta bibliographie ?…
– « Saisons d’une passion » (2002 puis Chloé des Lys 2007 – autofiction transgenre : récit, poésie, journal)
« Léna, une rencontre » (2006 puis Chloé des Lys 2009 – autofiction transgenre)
« Toi-Nous (Chloé des Lys 2009 – autofiction transgenre)
« Malgré tout (2012 – roman, réédité en 2014 sous un nouveau titre « La petite boutique des sentiments », puis en 2017 – Bernardiennes)
« La fin, les moyens » (2013 – roman, réédité 2016, augmenté, puis 2017 Bernardiennes)
« Chemins croisés » (La Rémanence, 2014 – récit)
« Aimez-vous la danse ? » (Hélène Jacob – 2014 – roman)
« Saisons poétiques en train » (Hugues Facorat – 2014 – poésie)
« Deux, pair et manque » (Langlois Cécile – 2015 – roman)
Beaucoup de mes textes sont en lecture libre sur atramenta.net
Lire la suite « Interview par la page FB Secrets de polichinelle »

11 heures 31 (mini-nouvelle)

        11 heures 31

 

     Il est 10 heures 37. Dans la gare, Benoît regarde le tableau d’arrivée des trains. Non, pas encore d’annonce… Au bout de son bras ballant, un bouquet de fleurs rouges.

Il fait froid dans le hall. Benoît s’avance vers le buffet et commande un café noir.

« Bien chaud, surtout » dit-il.

Le garçon, surpris, préchauffe la tasse avec l’eau et la vapeur sous pression du percolateur.

Des gens discutent, tranquillement attablés. À leurs pieds, des sacs, des valises avec étiquette : LD, OR, CDG, IST… Quelques personnes paraissent très animées : il va bientôt y avoir des élections.

Des bribes de conversations parviennent aux oreilles de Benoît : Lire la suite « 11 heures 31 (mini-nouvelle) »

L’enfant du Carladès – Serge Camaille (note de lecture)

Résumé (Youscribe) :

Tous les jours, René passe devant la boutique de Maxime. Tous les jours, il hésite. Aujourd’hui, il se décide à entrer et à faire appel aux services de l’écrivain public. À quatre-vingt-quinze ans, il souhaite que Maxime l’aide à mettre sur le papier l’histoire de sa vie : son arrière-petite-fille doit savoir d’où elle vient ! Depuis les années 30, la Seconde Guerre mondiale, les années hippies jusqu’à l’époque moderne, la vie n’a pas épargné René et son épouse Irina. Un douloureux récit pour transmettre la sagesse et le bonheur à sa descendance…

L’auteur (Amazon) :

Tour à tour libraire, pigiste de presse, chroniqueur radio ou chef de publicité pour des journaux, Serge Camaille a désormais décidé de ne plus se consacrer qu’à l’écriture. C’est dans les campagnes d’Auvergne et du Berry, celles de ses plus jeunes années, qu’il puise l’inspiration de ses histoires.

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