Vision de la mare en absence (poésie)

L’une de mes très nombreuses poésies sur La Mare (plus de 90) ( ICI ), sur atramenta.net

 

Soir, fin de séance de dédicaces.

Bloqué encore au stand pour quelque temps.

Ma pensée vole vers toi, fugace

Car loin, j’aime à t’imaginer pourtant.

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Oui, ma mare, c’est soudain à toi que je pense.

Tu dois, là-bas, doucement t’endormir, lasse.

La nuit de décembre, à sa tombée, t’embrasse,

Moi je rêve au spectacle qu’alors, grise, tu lances.

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Canards et canetons ont dû regagner l’île,

Trouver abri sous quelque frondaison,

Reprendre vigueur pour des demains-foison,

Dès qu’un nouveau jour leur illuminera pupilles.

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Et la vie lentement reprendra.

Oiseaux de pépier ; vent les feuilles d’agiter ;

Cascatelle d’éblouir l’œil de ses remous ;

Le temps auprès de toi de s’écouler, bien doux ;

Mamans et enfants à ton pourtour de se promener ;

La vie entière de redémarrer, cahin-caha.

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Comme il se doit !

(illustration : pixabay ; betidraws)

De la patience du candidat à l’édition

De la patience du candidat à l’édition

Pour quelques uns, le succès doit venir très vite, possible et rare, je pense, plutôt extrêmement rare.

Je viens de faire éditer mon quinzième livre en 21 ans et quelque. Rien n’est jamais acquis : j’ai eu jusqu’à seize petits éditeurs, il m’en reste cinq dont aucun n’a les moyens de véritablement diffuser en librairie. Je diffuse essentiellement moi-même lors de séances de dédicaces dans des grandes surfaces, auxquelles s’ajoutent quelques salons du livre où pour moi les ventes sont nettement inférieures (normal, dans le premier type de diffusion, on est généralement seul à dédicacer.)

Je pratique également l’autoédition, non par choix mais par nécessité, les droits d’auteur sur un livre papier édité à compte d’éditeur étant extrêmement faibles (8 à 10 % ), perçus tardivement et hors de tout contrôle. Lire la suite « De la patience du candidat à l’édition »

Une étrange terreur (micro-nouvelle)

Cette nouvelle est présente dans mon recueil qui vient de sortir, « Chercher l’oubli à Cuba », en promo actuellement : ICI

(illustration Pixabay ; dexmac)

Je ne me sentais pas bien dans cette rue sombre. Jamais je n’étais venu dans ce quartier. Il était sale, très mal éclairé et une odeur pestilentielle régnait à la ronde. Des rats couraient dans le caniveau. Un nuage passa et cacha la lune ; l’obscurité devint presque totale ; j’avais vu les silhouettes des SDF presque se ruer sur une personne qui m’avait précédé avant de disparaître à toutes jambes.

Ils faisaient tinter leur sébile, en quête de quelque obole. Je frissonnais, mais ne pouvais plus faire demi-tour. Soudain la lune reparut et je vis à cinquante mètres de moi un de ces pauvres bougres me tendre ses mains, sur les paumes desquelles était écrit FAIM et PAIN. J’étais interloqué. Pourquoi ne parlait-il pas ? Peut-être était-il muet ? Je n’avais pas trop envie de lui donner mon argent quand déjà les silhouettes de ses compagnons d’infortune approchaient. Une sorte de panique monta en moi ; j’avalais ma salive et un goût âcre m’emplit la bouche. L’odeur perçue tout à l’heure venait de ces gens, il n’y avait pas de doute. L’hygiène leur était inconnue ou plutôt impossible. La sueur commençait à me glacer le dos ; j’étais en mauvaise posture. Mon corps était comme paralysé. J’essayais de lutter contre l’inévitable terreur qui allait s’emparer de moi.

Personne à la ronde. Toutes les fenêtres, soigneusement closes, ne laissaient filtrer aucune lumière. Je songeais à mon épouse qui devait se demander pourquoi je n’étais pas rentré à cette heure. Je m’apprêtais à frapper l’homme aux mains tendues pour me dégager et filer droit devant, lorsque je sentis deux manches crasseuses me saisir par les épaules. Mon heure était venue. L’odeur était intenable.

Je me retournai et vis un gars en loques qui me souriait ; Monsieur, dit-il, en arrivant vous aviez les mains dans les poches et en les sortant votre montre bracelet s’est détachée de votre poignet. Vous ne pouviez pas entendre car elle est tombée juste sur une grosse merde de chien. Je l’ai nettoyée comme j’ai pu, ce n’est pas parfait, mais la voici ! Vous ferez mieux chez vous.

J’étais sidéré ; ces misérables me venaient en aide. La honte me gagna aussitôt. Dire que j’aurais préféré leur refuser la moindre piécette ! j’étais devenu un salaud à mes propres yeux. Heureusement la nuit cacha le rouge qui m’était monté au visage.

Je les remerciai, ouvrit mon portefeuille et leur donnai les cinquante euros qui s’y trouvaient, regrettant de ne pouvoir faire plus pour eux, mais je me promis de repasser régulièrement ici pour prendre de leurs nouvelles et renouveler mes dons.

Je repartis confus mais heureux de cette leçon de vie qu’ils venaient de me donner ; je me promis d’être dorénavant moins con.

Un quinzième livre !

Bonjour à tous,

Après avoir fait éditer depuis la toute fin de 2002  trois récits-poésie, deux récits, deux recueils de poésie, cinq romans courts et deux nouvelles à l’unité, voici qu’arrive dans les prochains jours un recueil de nouvelles, mon premier, d’environ cent-dix pages, édité aux éditions l’Ire de l’Ours, petit éditeur d’Auvergne, une région que j’affectionne et où je devrais bientôt avoir un pied-à-terre. (vous constatez au passage que je me suis spécialisé dans le genre « court », les genres, devrais-je dire).

Il se compose d’une longue nouvelle d’autofiction qui donne son titre au livre : Chercher l’oubli à Cuba, un séjour accompli en 2001, alors que le pays venait à peine de s’ouvrir au tourisme.

Ce texte fait près de la moitié du livre. Il est suivi de douze micronouvelles de pure fiction, très diverses, à la lecture desquelles vous passerez par toute la palette des sentiments, du rire à la terreur en passant par…. vous verrez !

Voilà, j’espère que vous lui réserverez un bon accueil ; je vous donnerai les références et prix (autour d’une dizaine d’euros pour la version papier) dès que connus et je vous livre d’ores et déjà un aperçu de la couverture ( la quatrième, ce sera pour ma prochaine annonce sur Facebook Claude Colson Livres et écrits.)

À très vite et merci de m’avoir lu ici !

Note du 15 janvier : le livre sort aujourd’hui chez l’imprimeur, avant sa présence sur dilicom, au prix spécial de sortie de 8 euros (contre 10 à 12 plus tard). Suivre ce lien :

plus et/ou commande

RER, des ans plus tard (poésie)

(Bref retour à mes amours ferroviaires qui ont donné lieu à bien des poèmes, voire textes ou livre « Saisons poétiques en train »)

RER, des ans plus tard

Paris, décembre, RER lent,

Retour banlieue, chauffage bienfaisant,

Trajet d’abord souterrain,

Normal, rien de bien.

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Approche d’Austerlitz,

Accélération, sorte de « Blitz ».

Entrevoir le jour avant station, puis BNF,

C’est pour l’œil tout bénef.

Bibliothèque enfin, fin des tunnels sans fin,

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Et la lumière d’un midi sombre

Repeint le jour sans soleil, sans ombre.

Les habitations tassées défilent,

Foncent vers moi et disparaissent

Tel jeu de quilles

Dans mains de joueurs en ivresse.

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Et puis à gauche, soudain, la Seine,

Grise ce midi, pourtant sereine,

Béton lutte encore contre Nature,

Mais bientôt ce sera l’ouverture :

Une vue plus ample, prairies boisées

Réjouissent le voyageur, jamais blasé.

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Aux bois clairsemés s’accrochent restes de feuillage d’été,

Taches jaunes sur ramures décharnées.

Juvisy, la ville revient

N’abandonne pas ce combat-galérien.

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C’étaient pourtant les dernières forces d’une civilisation vaincue.

Peu après règnent ciel, prés verts, pentes herbues

Tels un chapelet de nature dont les grains, pas bien gais,

Ont pour nom Savigny, Sainte-Geneviève, Épinay

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Est-ce un Dieu qui ainsi a voulu

L’alternance de l’Humain

Avec le Non-Humain,

Comme celle de l’ombre et de la lumière ;,

Du Mal et du Bien,

Des Réponses et des interrogations sans fin ?

(illustration pixabay : AILes)

Novembremare (poésie)

90 ième pièce poétique de ma collection « La Mare »

https://www.atramenta.net/collections/la-mare/1578-913

 

Incidemment, matin

À la mare suis passé.

La presque pénombre du jour sans joie

Rehaussait, de toi, l’étrange beauté.

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Tu n’étais qu’or, bronze et ambre

Au feuillage jonché

Recouvrant ton pourtour et ta face,

Égayant l’obscurité obligée.

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Aux cieux, les yeux soudain levés,

La lumière a jailli,

La trouée, l’éclaircie,

Me laissant un instant

Abasourdi, ébloui,

Conquis.

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Oh, ma mare, mille fois encore, grand merci !

Mi-septembre à la mare (poésie)

90 ième pièce poétique de ma collection « La mare »

 

Mare à nouveau par moi bien négligée

Tu es, ce jour, enfin en joie retrouvée.

Ta verte livrée un peu feuilles-jonchée

Leurre canes et canetons affamés.

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Ils criaillent, en quête de pitance,

Tournent, virent, comme sied à leur engeance.

À l’autre rive, toute proche, en déshérence le ponton

Démonté dresse encore ses piliers d’abandon.

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Naguère, jeunes mariés aimaient s’y faire photographier,

Dominant le plan, tout ceints de frondaisons.

Leurs silhouettes enlacées, virtuelles

Hantent ce lieu mémoriel

Pour m’adresser mine de salut fraternel.

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Voyez comme les amoureux de la place se lancent en confiance

D’invisibles signes de connivence.

Le soleil incendiaire des derniers jours a fui

Et c’est fraîcheur, plaisir, bonheur.

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On se plaît à ici jouir de la vie,

Retrouver la paix, l’équanimité, l’envie !

Impressions de la mare en canicule (poésie)

La taie grise sur tes eaux

Aperçue l’autre jour

N’a pas gagné la mienne rive,

S’est cependant étendue sur le plan.

 

Ce sont pollens que vent apporte (;)

Et ils te teignent ; t’es comme morte.

Mais la vie en canetons se réfugie

Qui trouent le voile, en nage lente.

 

Pour deux dans l’eau, courageux,

Ce sont quatorze sur la berge

Qui, immobiles, contemplent les deux frères,

Accablés par chaleur déjà forte.

 

Dans l’enclos, tout près,

Enfants admirent chèvres et boucs

Et moi, au banc ombragé,

Je médite la tranquillité

D’un lieu privilégié

Qui, un jour, croisa ma route.

La Mare, toujours en poésie

88 ième pièce de ma collection « La Mare »

Mare en juillet délaissée

Une nécessité de marcher,

En douleur, modérée,

M’a cette fois éloigné de toi

Pour me conduire au lac de joie

Qui autrefois, un peu, m’inspira.

 

 

Bien plus vaste, énorme en regard de toi,

Il ne fait malgré tout plus le poids.

Ses eaux couvertes de pollens

M’évoquent celles que j’aime

Et que, même resserrées,

D’un regard immobile on peut embrasser.

 

Comme la tienne, toutefois,

Sa paix me fait émoi.

Comme avec toi, face à lui je médite

Cette sérénité qui tout à coup m’habite.

 

Là, c’est un héron qui rase les eaux ;

Deux cygnes blancs nagent tranquilles, en écho.

Sur un îlot des canards s’ébrouent,

Me rappellent ton île au gazon doux.

 

Tout près de lui pourtant,

Je lui suis infidèle, à mon corps défendant,

Car c’est encore à toi que je pense ;

Toi qui viens ici rompre mon silence.

 

 

Ma mare en juin (poésie)

 

(87 ième pièce poétique de ma collection « La Mare »

https://www.atramenta.net/collections/la-mare/1578-913 )

 

Ma mare en juin 

 

De chez moi, descendant vers toi,

J’ai pressé le pas, pressentant la joie.

L’air vif du matin je hume,

Encadrant bellement le rendez-vous de plume.

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Oui, je t’ai quelque temps négligée,

Sans raison ; sûrement l’envie m’a manqué

Car c’est fini aujourd’hui,

Nous nous retrouvons amis

Et l’heur de notre complicité

Me donne un pré-sourire d’été,

Tout remords dissipé.

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Dans le soleil timide, tes eaux semblent marron,

Reflétant le limon de ton fond.

Canes, canards et canetons partagent ma joie :

Ils nageotent, zigzaguent de-ci-de là,

Au gré des miettes qu’un couple, au banc, leur jette.

Des enfants admirent les pigeons malins

Qui, ravis, s’invitent au festin.

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Au loin, sous les arbres des berges,

L’eau se couvre d’une taie grisâtre

Fermant partiellement le plan-œil

Qui, heureux, m’adresse ce clin d’œil.

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Le tue-tête des oiseaux souligne la fête.

Il se nourrit de peu le bonheur franc :

Une toute petite mare et un banc !