La diffusion des « petits auteurs »

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J’entends par ce dernier terme la cohorte des auteurs anonymes, de grand ou de moindre talent, atteints par le virus de l’écriture et qui n’ont pas eu jusque là l’heur de percer dans les médias de notre société avant tout commerciale, dans le cadre d’un commerce lui-même en crise aujourd’hui, et ce au sein d’un secteur pas mieux loti : l’édition.

Ces jours-ci, à l’occasion du salon du livre de Paris, ont éclos des articles et manifestations attirant l’attention sur la grande difficulté de la condition d’auteur. Étaient d’abord visés les auteurs « institutionnels », peu ou prou reconnus.

Que dire des quasi anonymes ?

S’ils arrivent à trouver un petit éditeur, ­ ce qui n’est déjà pas une mince affaire quand ils souhaitent être édités à compte d’éditeur et ne pas investir leurs deniers dans la production de leurs livres, ­ celui-ci n’a guère les moyens de se payer une diffusion vraiment efficace et ne peut concurrencer les gros diffuseurs auprès des libraires. Lire la suite « La diffusion des « petits auteurs » »

La noce d’Anna- Nathacha Appanah (note de lecture)

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Cet auteur vient de sortir un nouveau livre : « En attendant demain ».

J’en profite pour revenir sur celui-ci, qui m’a bouleversé, il y a quelques année déjà :

La noce d’Anna

Je crois que je ne trouverai pas les mots pour dire la force de l’émotion que j’ai eue à lire ce texte, de la première à la dernière ligne (il n’y a que 140 pages environ).
Je laisse la parole à l’auteur, vers la fin de son livre, à propos de ce qui s’y déroule alors, car c’est une partie de ce que j’ai ressenti moi-même en refermant l’ouvrage :

« … Nous ne disons rien, notre silence ressemble à ceux d’après une séance de cinéma, quand le film est bon, quand les émotions perdurent, quand les images dansent encore dans la tête et que personne ne veut dire « Alors, qu’est-ce que t’en penses ? », parce qu’à ce moment, au moment où cette phrase serait dite, le film serait alors passé puisqu’il faut déjà mettre les mots sur les émotions. … »

Une partie seulement car en même temps j’ai eu envie de – et j’ai crié la beauté de ce texte, un des tout meilleurs que j’aie jamais lus.

Une mère qui a élevé sa fille seule la marie et tout au long de la journée, les jours qui précèdent et le lendemain, elle se livre à une introspection sans complaisance sur ce qu’elle est, sur leurs rapports, leur vie ensemble, sa vie à elle, les autres, la vie tout court. C’est simple et émouvant, lucide, sincère et, je l’ai dit, juste, juste, juste sur tout et surtout.
Force inouîe de ce langage sans fioritures, sincérité absolue.
Ce texte dit la vie avec humilité, dit l’amour dans sa complexité mais aussi parfois sa simplicité et sa beauté.
De plus il se passe quelque chose pour cette femme ce jour-là…
J’arrête là ; vous l’aurez compris : pour moi c’est un dix sur dix, un livre rare.

Encore une chose : il faut que vous lisiez « La noce d’Anna ».

Les déferlantes – Claudie Galley (note de lecture)

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Résumé de l’éditeur : Un jour de grande tempête sur la pointe de la Hague, Lambert revient quarante ans après sur le lieu du naufrage de ses parents et de son petit frère. La narratrice, intriguée par cet homme, va peu à peu découvrir le mystère et les secrets de cette noyade et mettre au jour les liens complexes unissant certains habitants du bourg. Grand Prix des lectrices de«Elle» 2009.

Ma lecture :

Un livre déjà ancien, allez-vous dire. Oui, mais une valeur sûre, un livre qui m’a emporté. 😉

En le refermant, j’avais dit : j’en ai le souffle coupé. Exceptionnel, magnifique, magistral ! Et de bout en bout ! Puis, quand j’ai retrouvé la voix,  hélas, car l’émotion éprouvée vers la fin était indicible et si belle, j’ai essayé d’en souligner la force.

Ce livre, je l’ai d’abord ressenti.
L’écriture est si sobre et si juste que les scènes sont là devant nos yeux incrédules, livrées dans une objectivité brute qui nous contraint à y déverser nos interprétations et émotions.
La vie surgit à chaque instant, distillée en touches impressionnistes créant comme un unanimisme, et au centre : la fragilité de notre condition, le tout remarquablement mis en lumière par une langue parfaite (ou parfaitement adaptée). Lire la suite « Les déferlantes – Claudie Galley (note de lecture) »

La marche du monde- 02/2015

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Une connaissance a mis en ligne récemment une vidéo sur les décapitations en série.

Je n’ai pas pu regarder ces images. Il y a quelques années, j’avais tenté de le faire pour une scène du même genre, mais très vite j’avais arrêté la diffusion.

Il m’était insoutenable de voir l’être humain se comporter ainsi. La barbarie en direct…

Pourquoi certains en viennent-ils là ?

On dit : fanatisme, aveuglement, endoctrinement etc. Tout cela est vrai.

N’y a-t-il pas aussi une part de responsabilité, indirecte, de nos sociétés dites évoluées, plus riches, quand 20% de la planète exploite à son profit 80% des ressources ? (nombres indicatifs). Je m’interroge. Prôner les valeurs occidentales et laisser des continents presque entiers à leurs misères… Eh oui, il y a l’auto-détermination. Mais n’est-ce pas aussi bien pratique de l’évoquer ? Et puis, que faire concrètement pour trouver un remède d’ampleur ? Serions-nous prêts à renoncer à une part de nos « avantages », de notre « confort » au nom d’une volonté de rééquilibrage ? Question très difficile.

Deuxième source de réflexion cette semaine : le traitement médiatique des attentats. Je n’ai pu m’empêcher de voir dans ce battage – quelques jours durant, avant que l’actualité ne passe à un autre sujet – une recherche de l’audimat et du sensationnalisme, peu saine. Est-il bien nécessaire de donner un tel écho , même plus ou moins pour un temps, à ces événements, qu’il n’est bien sûr pas question de taire totalement ? N’est-ce pas contreproductif ?

Voilà, aujourd’hui est pour moi jour d’interrogations.

P.S. à partir de samedi je vous laisse quelque temps : RV en mars.

Achigan – de Jean Carrière (CR de lecture)

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(image  wikipédia)

« Jean Carrière (né le 6 août 1928 à Nîmes, décédé dans la nuit du 7 au 8 mai 2005 à Domessargues près de Nîmes) est un écrivain français.

D’origine cap-corsine par sa mère, Andrée Paoli, Jean Carrière fut secrétaire particulier de Jean Giono (sur qui il écrira un essai) à Manosque, critique musical à Paris, chroniqueur littéraire à l’ORTF, il entame sa carrière d’écrivain avec son roman Retour à Uzès en 1967 (prix de l’Académie française). Il a publié une vingtaine d’ouvrages, principalement des romans.

Lauréat du Prix Goncourt en 1972 pour L’Épervier de Maheux, publié par l’éditeur Jean-Jacques Pauvert, le succès (2 millions d’exemplaires, traduction en 14 langues), la mort brutale de son père écrasé par un chauffard et un divorce, le plongeront dans une profonde dépression … » source Wikipédia.

Achigan, paru en 1995

Résumé (sur decitre.fr) : « Un matin de décembre 1992, on découvre près du perron d’un hôpital psychiatrique niché au coeur des montagnes cévenoles, un homme inconscient, ficelé dans une de ces couvertures argentées utilisées par le Samu.
Qui est-il, d’où vient-il, comment est-il arrivé là ? Cet inconnu qui, pour tout bagage, n’a qu’un mot mystérieux tatoué près du coeur  » Achigan « . Les gendarmes, le docteur Monod et Juliette Drouot, une jeune infirmière, s’efforcent de résoudre cette énigme. Leur tâche s’avère d’autant plus difficile qu’ils ne disposent d’aucun indice et découvrent rapidement qu’Achigan – c’est désormais son nom – est frappé d’amnésie et enfermé dans son mutisme…
Histoire d’un mystère, ce roman puissant et sensible est aussi celui d’une quête universelle : la découverte de soi.

Mon impression : un beau livre qui plonge au coeur de l’essentiel : que reste-t-il de l’homme quand il est privé de son histoire, qu’il ne peut plus communiquer que par bribes écrites ? Quelles valeurs développe-t-il alors ? Comment ses semblables privilégiés se mesurent-il à l’aune de cette humanité apparemment tronquée ? Comment le passé finit-il par rejoindre notre homme alors que ce n’est pas sa préoccupation première.

Comme vous voyez, j’ai beaucoup aimé cette problématique narrée non pas avec la sécheresse de l’essai mais par la vie touffue du roman et servie par une belle écriture, simple et efficace.

Stats sur l’écriture, l’autoédition en Europe

À lire sur enviedecrire.com, d’après B.O.D. : http://www.enviedecrire.com/les-europeens-lecriture-et-lautoedition/

L’organisme allemand d’impression à la demande Book on Demand a publié en janvier 2015 une étude sur la place de l’écriture et de l’autoédition en Europe. Ce tableau résume quelques tendances intéressantes.

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(Source : Book on Demand )

Lecture : Travers de routes, de Damien Personnaz

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Éditions de la Rémanence, collection Traces.

 La quatrième de couverture :

 Des premiers voyages d un jeune homme curieux au témoignage d un humanitaire en proie au doute, à l’ impuissance et à l’ euphorie, ces huit récits relatent des instants marquants d une vie ordinaire de terrain dans des pays bouleversés (Rwanda, Libéria, Erythrée, Angola, Kurdistan turc, Afrique du sud, Pakistan). Si certaines anecdotes portent à sourire, les faits vécus ébranlent profondément le lecteur au fur et à mesure que tombent ses illusions ; l auteur prévenant dès le départ que « voyager, c est voir le monde tel qu il est et non pas comme on voudrait qu il soit ». Tant dans la force des émotions qu’ il véhicule et des réflexions qu’ il engage, que dans l’ écriture qui permet de les révéler ; Travers de routes est un livre remarquable, de ceux dont les lecteurs resteront imprégnés, irrémédiablement.

Damien Personnaz est un journaliste, écrivain et géographe franco-suisse. Après des études de géographie tropicale à Bordeaux et de géopolitique à Genève,…/ Lire la suite « Lecture : Travers de routes, de Damien Personnaz »

Réparer les vivants ; Maylis de Kerangal

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Réparer les vivants

Réparer les vivants est le roman d’une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement.Ce roman a été classé meilleur roman français (ex aequo) par le magazine Lire en 2014 (n°431 de l’année 2014).

Quatrième de couverture

«Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps.» Réparer les vivants est le roman d’une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d’accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le cœur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l’amour.

Biographie de l’auteur

Maylis de Kerangal est l’auteur de quatre romans aux Editions Verticales, notamment Corniche Kennedy (2008) et Naissance d’un pont (prix Médicis 2010 et prix Franz Hessel), ainsi qu’un recueil de nouvelles, Ni fleurs ni couronnes (« Minimales », 2006) et une novella, Tangente vers l’est (« Minimales », 2012; prix Landerneau).
(source : amazon)
Mon avis

L’an dernier je l’ai lu , et moi qui taquine la muse et scribouille en prose depuis près de 20 ans, j’ai ressenti ce livre comme une véritable leçon d’écriture, sur tous les plans. Par deux fois seulement j’ai eu l’impression qu’un passage d’une ou deux pages aurait gagné à être plus concis (impression de longueurs). Pour moi tout donc –  ou presque – touchait au sublime. Il devrait vous plaire.

C’était mon premier livre de cet auteur ; j’ai été bluffé.Émotions intenses à chaque page ; pour moi, un livre exceptionnel..

Mes déboires d’auteur avec les éditions du Banc d’Arguin

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Un de mes livres est paru aux ÉDITIONS DU BANC D’ARGUIN.

Le 1er octobre 2014, j’ai rendu public cet état des lieux :  MON EXPÉRIENCE de 13 mois :

Je passe sur cette sortie retardée de 8 mois, ce qui peut arriver, mais ayant été échaudé par les pratiques de l’éditeur envers moi durant plus d’un an, je l’ai mis en garde dès le 24 mai2014, puis le 22 juin, enfin le 10 septembre derniers sur l’intérêt que j’attachais à ce qu’il satisfasse à ses obligations contractuelles quant à l’arrêt des comptes fixé au 30 juin, suivi normalement de mon information dans les 3 mois.

Comme très souvent, il n’a daigné répondre à aucun de ces messages et, de plus, je n’ai reçu aucune information sur l’arrêt de comptes. Je rends donc public aujourd’hui mon bilan d’un an de pratique post-parution avec cette maison d’édition.

J’ai envoyé un message (sans réponse) le 5 juillet dernier , où je listais quelques problèmes :   …/  Lire la suite « Mes déboires d’auteur avec les éditions du Banc d’Arguin »

Carte blanche à Odile LECOUTEUX, écrivain et parolière


Je me demande
souvent pourquoi j’écris, moi qui aime tant le mouvement, les rencontres spontanées dans la rue, à la supérette et dans les moyens de transports ?

Être assise, des heures, devant un écran, voir mon texte défiler, traquer les fautes, me donne parfois l’impression d’être punie de je ne sais quelle faute commise, il y a des lustres.

La phrase lancinante de ma gentille grand-mère revient dans ma tête alourdie :

«  Apprends à taper à la machine et la sténo-dactylo ! »

Je tape tous les jours. Le bruit des touches se mêle à la musique pétillante de Jazz radio et je rédige, pour un roman, un texte de chanson, un papier pour un auteur …. Si je mange peu, j’ai faim de lecture, d’écriture et de sons.

Avec l’écriture, je suis exaltée! J’aime mon texte puis aussitôt tracé, je le déteste. Je le garde puis je le supprime. Il est bon, il est creux, il est grandiose et lamentable.

Avec un livre, je suis rude. Soit j’y tiens comme à la prunelle des mes yeux, soit je le brade au vide-grenier. J’ai fait une boite remplie de quelques livres précieux avec la mention «  à garder après ma mort » Le livre qui ne devra jamais être détruit c’est « Dès les premiers jours de l’automne  »   d’ Émile Copfermann, édité chez Gallimard, coll. Haute enfance . Je sais que ma fille va garder ce livre mais après elle?

Qui aura le cœur de l’acheter un euro sur une foire aux livres ? J’espère que ce sera vous qui lisez ces lignes pour le blog de Claude Colson, auteur de « Chemins croisés », récit présent dans ma boite à livres « immortels »…

Mes livres : « Dix jours » – roman –

« La Reine du découpage » –  récit 158 p. – éditions de la Rémanence, 2014

(Note de lecture sur ce blog : https://claudecolson.wordpress.com/2014/12/23/la-reine-du-decoupage-dodile-lecouteux/ )

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