Saisons poétiques en train – poèmes et réflexions

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Ce dernier opus, paru le 23 décembre dernier (hfedition), est avant tout un recueil de poèmes (de train !). Il en recèle en effet quatre-vingts.

Pour couper le rythme, respirer un peu, j’y ai adjoint une vingtaine de petits textes en prose dont je vous livre ici le troisième (dans la section Voyages d’hiver) :

RÉFLEXIONS TOUT À TRAC

Ce matin, aux stations, le train s’arrête beaucoup plus longuement que d’ordinaire. D’interminables minutes. Et c’est l’anormal, le figé. Comme si la vie était sortie de son lit.
Chez les voyageurs on devine alors une sorte de sourd malaise. On se regarde furtivement ; après tout, on ne se connaît pas. On pense pourtant à peu près la même chose. Vite détourner les yeux. Comme si de rien.
Se réfugier dans la normalité de l’indifférence. Pourtant, l’extraordinaire nous amène aux bords de l’humanité. Il s’en faudrait de peu pour que.

   Ce malaise va au-delà de la crainte du patron, bientôt furieux du retard…/ Dans le non-dit général c’est la vie qui s’enlise, prend en gelée. Les cerveaux sont soudain envahis par l’obligation de penser. Quel scandale ! Il était si commode de se laisser porter par le train-train, d’ « être vécu » en quelque sorte, plutôt que de vivre. Nous revoici sujets !
La fraternité, depuis longtemps battue en brèche, est sur le point de revenir. On pourrait presque se parler, je ne veux pas dire faire semblant, émettre des sons creux, paraître, se protéger, briller mais se parler vraiment.

   Eh bien non, l’incident est réglé, le train reprend sa marche normale ; les gens peuvent à nouveau, dans la promiscuité, s’ignorer tranquillement. On l’a échappé belle ! Moi compris. Il est de ces dérisions ordinaires…

(Sous titre du livre : Voyages au fil de la vie ; plus : voir aussi ici la page consacrée au livre)

http://www.hfedition.com/saisons-poetiques-en-train-claude_colson-c2x15489734

 

6 réflexions sur “Saisons poétiques en train – poèmes et réflexions

  1. J’ai fini ton livre : « Saisons poétiques en train » et je peux te dire que j’ai voyagé, dans le froid, la chaleur, l’humidité, la grisaille, le silence, le bruit… Je me suis sentie insérée dans ces trains et j’aime les trains c’est fou, donc pour te dire que celle que j’ai le plus aimée est : « Bref retour au pays natal » ah oui je l’adore même ! Je me suis encore régalée à te suivre dans tes vagabondages. Merci ton écriture est splendide !

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  2. Je te remercie, Martine.
    le poème que tu évoques :

    BREF RETOUR AU PAYS NATAL

    Matin-mars toujours enhiverné .
    Petit froid commence à peine à céder
    Sur les terres encore engourdies.
    Le T.G.V. me ramène vers toi, mon pays.
    Et mon cœur déjà se prépare à la fête,
    Alors qu’une légère griserie m’envahit la tête.

    Verts et bruns les champs défilent ;
    Labourés ou ensemencés ils filent
    En retrait. Plus loin, les bois, ligne sombre et sévère
    Me saluent, serrés en haie d’honneur :
    C’est l’enfant du pays qui rejoint le bonheur.
    Un moment, sur la route qui longe mon parcours
    Des voitures veulent rivaliser avec le train fonceur.
    Bien vite elles disparaissent, insectes balourds,
    Car, souverain, il vole
    Quand moi, l’accompagnant, je deviens Éole.

    Voici déjà que les collines s’abaissent, que la vue s’élargit bien au-delà des bois,
    Car mon chez-moi, sachez le, est pays plat.
    Pointent aussi les tuiles rouges des maisonnées,
    Alternant avec l’éclat mauve et mat de l’ardoise domptée.
    Quatre immenses éoliennes déchirent là-bas le ciel ;
    Elles jaillissent, blanches, de sa couleur de toit,
    Saluant de leurs bras ma joie jouvencelle, écho de mon émoi.

    Je pense soudain aux kilomètres, gloutonnement dévorés,
    En effroi, s’amenuisant peau de chagrin
    Car bientôt sera déjà le bout du chemin,
    La ville où j’ai étudié, sa gare, son quai
    Et, goguenard, à son début, non point laquais,
    L’ami fidèle de ces quarante et trois années.

    Impassible, énigmatique en apparence, comme à l’accoutumée,
    M’observant en silence, avant moi,
    Car il m’aura vu avant que je le voie.
    Et ce seront ensuite rires et déconnades,
    Histoires ressassées, verres levés, « marrades ».

    En un mot, au pays, la liesse d’un jeune âge
    De ceux qui viennent de retrouver l’ancrage.

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    1. Joli… 60 ans après, j’ai aussi revu mes amis d’enfance… On ne s’est pas reconnus (physiquement) mais les souvenirs étaient bien là pour témoigner de cette jeunesse insouciante ! Bien amicalement

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  3. Je dois dire que ce que j’aimais particulièrement dans tes récits, c’est justement ce fond de tchoo tchoo, l’apathie et l’isolement des voyageurs, et les petites choses qui font qu’un voyage est soudain mémorable. Le paysage qui défile… toujours avec le tchoo tchoo

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