Une drôle de scène (mini-nouvelle)

(exercice à contrainte : 20 minutes de rédaction)

Il était vers midi en ce jour d’automne venteux ; j’étais en train de parcourir la ville en quête de la plus proche boulangerie, envoyé par ma compagne. Au carrefour de la rue de la République et de l’avenue Jules Guesde, elle se tenait là, immobile sous les bourrasques et la pluie fine qui commençait à tomber. Irrésistiblement attiré par cette immobilité étrange, j’approchai, secoué moi aussi par les intempéries. Quand je fus près d’elle, elle me prit par la main et m’emmena. Je n’avais opposé aucune résistance ; j’étais fasciné par sa beauté et la bizarrerie de son comportement. Sans dire un mot, je la suivis.

Nous traversâmes l’avenue et elle me guida dans une ruelle que je n’avais jamais remarquée dans la ville. Le passage était si étroit que la pluie oblique arrivait à peine à le pénétrer. Aussi notre parcours n’était-il pas désagréable : je sentais juste la tiédeur de sa main qui enserrait délicatement la mienne. Après quelques minutes de cet étrange voyage, elle pénétra soudain dans une maison qui me parut abandonnée. La façade était décrépite, la brique – ou plus exactement, les joints – s’effritaient et les boiseries auraient bien eu besoin d’un coup de peinture. Je ne m’attardai pas longtemps à ces réflexions car déjà, après avoir traversé un couloir faiblement éclairé où régnait une petite odeur de moisissure, elle poussait la porte d’une pièce et nous fûmes assaillis par la violente lumière qui éclairait le lieu.

Au milieu se dressait une table où douze personnes festoyaient bruyamment autour d’un homme, tout de blanc vêtu, dont la lumière semblait émaner. Il se tenait de dos et je ne discernais aucun des traits de son visage. Sans se retourner, il dit, comme les autres s’étaient tus à son lever de bras : “Te voilà enfin, Madeleine !”

— Oui, maître, mais comme tu le vois, je ne suis pas seule. J’ai amené celui qui te cherche sans le savoir, ne sachant pas qui il est.

— Tout cela, je le sais, tu connais mes pouvoirs. Viens, fais le prendre place près de moi.

La dénommée Madeleine me tira légèrement jusqu’à la table. l’homme se poussa pour me faire une place et, comme j’enjambais le banc, il se retourna, souriant.

Stupéfait, je constatais qu’il… était… moi ! Nos deux figures corporelles se confondirent lorsque je m’assis. Me surprenant moi-même, je m’entendis dire à mes disciples :

— Allez, amis, reprenez vos propos et votre festoiement, je veux que ce jour soit un grand jour de joie et qu’il reste à jamais dans votre souvenir car vous n’aurez plus l’occasion de participer à un tel repas !

Alors retentit un bruit terrible, le sol s’ouvrit et toute la tablée, Madeleine, disciples et moi compris, s’effondra dans un gouffre noir dont j’eux le temps de mesurer qu’il paraissait sans fond. Les gens criaient, Madeleine me tenant toujours la main, me caressa me visage disant “’N’aie pas peur, nous serons sauvés,”

C’est alors que la musique douce de mon radio-réveil me tira de cet horrible cauchemar. “Purée, dis-je, mais où est-ce que je vais chercher tout ça ?”

3 réflexions sur “Une drôle de scène (mini-nouvelle)

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