Le blues de l’auteur

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Imaginez un auteur. Il essaie de faire son travail d’auteur : écrire des livres.

C’est déjà pas si simple ; ça dépend de l’auteur, parfois – pour certains d’entre eux – il met des mois et des mois ou même plus d’un an à trouver un sujet.
Quand il le tient enfin, il écrit le livre. C’est du travail, des corrections et encore du travail. Mais ce n’est peut-être pas le plus difficile;

Après commence la course à l’édition et c’est le pré-début : il envoie son texte aux éditeurs rigoureusement sélectionnés (dans le meilleur des cas). Alors commence l’attente, des mois et des mois d’attente, parfois plus d’un an.

Certains préfèrent à ce parcours du combattant l’auto-édition, qui a aussi ses splendeurs et misères. Là, il doit tout assumer : travail éditorial, surveiller l’imprimerie, assumer la promotion, la diffusion etc.

Mais revenons au parcours traditionnel ou canal historique.

Ce texte, l’auteur y a mis beaucoup de lui ; il l’a écrit avec ses tripes, il l’a bichonné, alors – forcément – il y tient, au moins un peu et souvent même beaucoup. Mais la demande d’édition est telle que l’ éditeur, lui, n’attend pas après lui. Des manuscrits, il en reçoit 10, 20, 30 par jour, juqu’à 3 ou 4000 ou plus par an pour les grosses maisons. Donc notre auteur attend sa réponse, de mois et des mois, où il ne reçoit aucune nouvelle.

Il ne peut en demander à l’éditeur avant 3 ou 4 mois et même là, c’est plutôt mal vu : l’éditeur à lui aussi beaucoup à faire. S’il le fait, notre auteur n’obtient fréquemment aucune réponse, donc il attend, attend. Bien sûr, comme il n’est pas fou, il a envoyé son texte à plusieurs éditeurs, mais le scénario est en gros le même, il se multiplie. Parfois on lui a dit qu’il aurait une réponse 2 ou 3 mois après l’envoi, mais il arrive que 4 mois après, en fait, il ne l’ait toujours pas. Alors, il attend. On pourrait croire qu’il sait faire, qu’il a l’habitude, mais lui trouve cela toujours aussi éprouvant, épuisant même.

Quelquefois, pas trop fréquemment, arrive enfin la réponse positive, alors il faudra encore des mois et des mois avant que le livre paraisse. Il l’attend.

Puis, c’est le vrai début, si la maison a les moyens de tenter sa diffusion, elle le fait. (Là aussi l’auteur est de nos jours mis à contribution, sans médiatisation pas de ventes ou si peu ); parfois, elle ne les a pas et il revient à l’auteur d’assummer cela aussi, presque entièrement. Au début il a cru que son job, c’était d’écrire des livres : il se trompait. Combien de livres n’atteignent pas les 300 exemplaires vendus ? Un nombre impressionnant, la très immense majorité !

Enfin, pour clore le tout, notre auteur touchera, dans le meilleurs des cas, sa part sur la vente du livre – de 5 à 10%, le plus souvent – et pour cela il devra généralement attendre une quinzaine de mois. Moralité : un « bon » auteur doit avant tout – outre le fait de se bouger – être capable d’attendre.

18 réflexions sur “Le blues de l’auteur

  1. Très vrai Claude. L’attente est très très longue. La patience aussi est cruciale pour ne pas signer n’importe quoi et tomber dans les pièges des escrocs (soit disant éditeurs) en tout genre qui profitent de la forte envie des auteurs de se faire publier pour s’en faire plein les poches.

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  2. C’est tout à fait ça. Moi ça m’a appris la patience… le plaisir d’être patiente et puis d’accompagner la sortie de mon livre quand il sort… Je me rends compte que pour moi (tout le monde n’est pas comme moi) ce jeu de patience me donne le temps. Tandis que j’attends des nouvelles de mon manuscrit, je fais la promotion du livre sorti et je travaille à d’autres nouvelles ou textes. Une fois le manuscrit accepté, je prends le temps de le lire, relire, mettre en forme, etc… tout en restant dévouée au livre précédent; Je ne parle pas de celui qu’on vient d’accepter, ou alors en coup de vent car si moi je suis patiente… les autres ne le sont pas, et je n’ai pas envie de « pas de nouvelles de ton prochain? »

    C’est une belle aventure qui se vit mieux… lentement 🙂

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  3. Ah! compliqué plus que jamais le monde de l’édition ! Il faut trop souvent se soumettre à un formatage….Les auteurs galèrent…même ceux qui étaient publiés par les Grands Noms de L’Edition.

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  4. Onze romans achevés, trois de publiés…Vingt ans que j’écris quasiment quotidiennement. Alors, c’est vrai que l’attente, j’ai testé et finalement j’en suis arrivé à ne plus y penser parce que sinon, c’est comme si on s’enchaînait au futur, au point que le présent s’en trouve alourdi. Considérablement alourdi. Et on ne peut rien écrire quand on n’est pas dans l’instant présent. J’ai besoin pour ma part d’avoir l’esprit en paix. Je ne peux rien faire contre le système de l’édition. Ils ont leurs critères. Ils font leur boulot, au mieux certainement. C’est dans leur intérêt aussi finalement. Il y a des gens biens dans ce milieu. Et puis, il y a les autres….

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  5. Mon premier recueil de nouvelles publié par un éditeur en chambre (en fait un imprimeur qui s’est recyclé) à compte d’éditeur « déguisé », m’a tout de suite fait comprendre qu’il fallait que je me prenne en mains. Et comme je ne sais pas attendre c’est comme si on me disait qu’il ne fallait plus respirer, j’ai publié mes 7 autres romans qui ont suivi à mon compte, à mon rythme, on n’est jamais mieux servi que par soi-même mais… QUEL BOULOT ! Mais QUELLE SATISFACTION ! Bon courage, blues ou pas.

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  6. d’accord avec ces temps d’attente, d’espoir, de déception, mais pendant tout ce temps, on est libre d’écrire. Ecrire est un privilège, se faire éditer un défi, une aventure difficile, mais travailler aussi … il faut savoir et pouvoir vivre sans les droits d’auteurs !

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