Extraits de L’acte d’Elsa, nouvelle éditée

Elle est parue fin juillet dernier aux éditions Lamiroy (B)

(4 euros en version papier, 2 en numérique)  https://lamiroy.net/products/l-acte-d-elsa-196

(voir sur ce blog page et article déjà dédiés à ce livre)

Extrait 1

(début)

C’est l’après-midi. Par la fenêtre, elle admire sur la droite le magnifique paysage de montagne qui comme chaque jour s’offre à elle; une vallée riante inondée de soleil. On est en juillet, le spectacle est de toute beauté ; une petite brise agite l’herbe rase, grillée par le soleil. L’air tremble et déforme légèrement la vision. On n’entend que le chant des criquets qui sautent de touffe en touffe. Elsa s’attarde un instant à contempler cette paix, mais plus loin les cumulus jettent leur ombre au sol, délimitant le contraste …/de larges zones ombreuses où le vert de sapins disparaît presque dans le foncé qui mange tout. Elle frissonne un instant, malgré la forte température. Son œil revient ensuite, côté soleil, à l’éclat rassurant des toitures et de la réverbération de la lumière sur les vitres des maisons, toutes petites, en bas.

Recrue de fatigue, Elsa s’assoupit un instant et  – comme en rêve – lui apparaissent des images de sa vie d’avant, quand son père l’emmenait avec lui en montagne, avant son accident : elle était jeune encore et il partageait sa passion avec elle. Quelle chance elle avait alors ! Elle revoit notamment l’une de ces randonnées : ils étaient montés pendant vingt minutes au dessus du Plan du Lac, s’étaient arrêtés à un endroit ombragé. De là ils admiraient le  joli spectacle de nature où dominait un univers de vert. Vert des épines au dessus de leurs  têtes, comme de celles du pin Cembro, là devant eux, à vingt mètres.

À leurs pieds le brun des aiguilles desséchées, jusqu’aux premières herbes, un tapis irrégulier baigné de soleil et magnifiquement orné du mauve et du jaune des fleurs sauvages profuses.

Elles profitaient là de la fin de l’été. Le tout rehaussé de quelques taches blanches : les pétales de marguerites. C’était dix fois plus beau qu’un jardin à l’anglaise.

En contrebas, vert bouteille, le lac irisé de vaguelettes toutes dorées. Incontournable, sur sa rive un éclat mat : le noir du toit d’une cabane.

Puis le regard de remonter. D’abord un sentier s’essoufflait à grimper la pente, tirant de courtes bordées, mais bientôt s’imposait le vert profond d’une sapinière puis le vert tendre d’un résidu d’alpage. À nouveau les sapins, grognards serrés épaule contre épaule, attaquaient la pente. Jusqu’à 2000 m environ.

Alors c’était encore, souveraine, l’alpe ensoleillée, seulement tachetée par endroits de maigres bosquets vert foncé. Ils s’étiolaient, remplacés vers le haut par les premiers rochers qui trouaient l’herbage.

Assis sur une roche large et confortable, bien au frais, ils admiraient cette splendeur tandis qu’au dessus de leur front une petite brise faisait danser les bouquets d’aiguilles, verts eux aussi. Une pavane lente.   ;;;;/

Extrait 2 :

Solange n’avait plus de famille qui se souciait d’elle. Son arrivée à la cabane était restée discrète et elle n’était plus redescendue en ville. Personne ne la savait là, aussi les deux brutes décidèrent-elles de l’enterrer non loin de leur bicoque, à même la terre, au flanc de la montagne. Grotesquement, ces ivrognes avaient cru bon de ficher en terre, à un autre endroit — on ne sait jamais — une croix faite de deux branches clouées.

En repensant à tout cela, le regard d’Elsa se voile, elle pense à la vie qui est la sienne, à tout ce qu’elle a dû endurer jusqu’ici. Elle se fige quelques secondes. Mais bien vite sa conscience toujours aux aguets – une longue habitude ou plutôt nécessité –la prévient : tu n’as plus que quelques minutes pour effacer toute trace ; tout doit être rangé. Elle n’a pas complètement fini de nettoyer les lieux. Le sol, ça, c’est fait ; nickel, on ne voit plus rien, mais l’outil, la feuille de boucher, vite elle doit la rapporter dans l’atelier, la remettre à sa place. Ne rien laisser traîner.

À la hâte, elle balance le torchon sali dans un seau d’eau froide, le hachoir avec car elle réalise qu’elle n’a plus le temps de retourner à l’appentis. D’un vif coup de pied, elle pousse le récipient sous le pseudo plan de travail, un bat-flanc fait de planches grossières posées à même des parpaings. L’outil atterrit au milieu des épluchures qui ont débordé de la poubelle, de la poussière et des toiles d’araignées. À cet endroit-là, ils ne surveillent pas son travail, il faudrait qu’ils se baissent, les feignasses ! De toute façon, avec ses mains usées à trimer, elle ne peut pas tout faire dans le taudis où la crasse envahit tout, mais parfois elle le paye cher. Elle est épuisée. Il y a longtemps qu’elle ne dort plus normalement, passant des heures à épier les bruits de la maison : si les deux déchets venaient encore à s’en prendre à elle… Seuls les nerfs la maintiennent debout.

Elle a poussé le seau bien loin, tout au fond. Heureusement il ne s’est pas renversé. Surtout, qu’ils ne voient rien ! La pluie crève soudain le ciel et s’abat à grosses gouttes qui crépitent sur le toit de tôles rouillées. L’air sent l’ozone ; Elsa fonce fermer la fenêtre. Le tonnerre roule, un peu loin encore, et le ciel noir s’éclaire fugacement de lueurs zébrées L’autre odeur, un peu fade, n’est plus qu’à peine perceptible dans la maison.

2 réflexions sur “Extraits de L’acte d’Elsa, nouvelle éditée

  1. Bonjour Claude,
    Belle description de ces randonnées en montagne que j’affectionnais, comme toi.
    Hélas, mes jambes refusent maintenant de me porter en ces lieux, mais ta description colorée et parfumée m’a rappelé de merveilleux souvenirs.
    C’est toujours un plaisir de te lire.
    Take care mon ami.

    J’aime

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